Le ouistiti et l’hippopotame

Les jeux sont sans doute déjà faits, et sauf miracle de dernière minute -mais ils sont rares en politique- notre Sarko national va perdre l’Elysée demain.

Mais quel gâchis ! Quel dommage que Sarko ait ainsi sottement gâché sa partition. Il y a seulement 5 ans, il avait toutes les cartes en mains : le Sénat, l’Assemblée nationale, une bonne partie de l’opinion, une économie stable et une immigration plus ou moins maîtrisée. Cinq ans après, un champ de ruine.

Il a tout gâché par « légèreté de cervelle » comme aurait dit Montaigne, en croyant « faire le petit malin ». Ainsi de la nomination de socialistes à des postes importants. Il a cru, l’infortuné, pouvoir s’en glorifier au cours du dernier débat. Il fallait voir le ricanement discret, difficilement dissimulé sur le visage rond et lisse de son adversaire.

Comme l’on ne savait pas, depuis toujours, qu’immanquablement, les forces de gauche votent toujours ensemble, au dernier moment. Alors qu’à droite ! Il n’y a qu’à voir le malheureux Bayrou, à la face de paysan béarnais qui n’a pas pu vendre ses cochons au prix espéré, céder ses maigres voix au plus offrant dans l’espoir d’en tirer un sous maroquin dans le prochain gouvernement socialiste. Quelle grandeur d’âme. Or la gauche ne renvoie jamais, jamais l’ascenseur. C’est la droite, culpabilisée, qui veut faire la généreuse au mépris du bon sens le plus élémentaire, et s’amuse à pratiquer ce genre de gracieusetés. Jamais la gauche. A ce système, on perd des voix à droite, on n’en gagne aucune à gauche. Et ça recommence, à chaque consultation électorale.

Ceci étant, au risque de passer pour un naïf, je reste convaincu que Sarko, au cours de ce dernier débat, a gagné haut la main. Les médias ont soutenu, quasi unanimement, le contraire. Cela permet de mesurer le degré d’aveuglement et la masse de préjugés de nos chers journalistes, incapables de discerner ce qu’ils ont devant les yeux. Sarko, très combattif, précis dans ses chiffres , documenté dans ses arguments, possédait parfaitement ses dossiers. Il a livré un beau combat, le dernier sans doute. Et je n’ai pourtant aucune indulgence, on le sait, à son endroit.

Celui d’en face s’est révélé tel qu’en lui même : belles phrases généreuse et creuses, gracieuses envolées lyriques, engagements flous et vagues à souhait, nobles propositions flatteuses à l’oreille, quitte à interrompre sans cesse son interlocuteur, au mépris des convenances, pour dissimuler son embarras chaque fois qu’il était en difficulté. Du beau travail de socialiste nourri au grain dans le sérail mitterrandien. Le capitaine Francesco Schettino, dont le navire va couler, fait une charmante révérence au public et annonce pompeusement que tout va bien à bord.

Sur le parcours de Sarko, tout a été dit. N’en rajoutons pas. « On ne tire pas sur une ambulance » disait charitablement naguère François Giroud à propos de Chaban Delmas. Tout ce que l’on peut avancer est qu’il a été bien meilleur à la fin qu’au début, ne serait-ce qu’en termes de dignité présidentielle. Mais le mal était déjà fait. Et quel dommage d’avoir perdu toute crédibilité par un flux ininterrompu de promesses tous azimuts en dernière minute.

Autre imprudence, qu’il paie aujourd’hui au prix fort, cette fâcheuse manie de vouloir tout faire, lui-même, au premier rang, au mépris des dispositions de la Constitution sur la dévolution des pouvoirs. On ne peut pas dire que ce malheureux Fillon, diaphane et translucide à souhait, ait le moindrement du monde assumé la responsabilité du gouvernement. Un Rocard aurait démissionné sans tarder. Fillon a préféré la précaire et provisoire sécurité de Matignon pour jouer le rôle, peu glorieux, de courroie de transmission entre le président et ses ministres. On le Premier Ministre doit servir de « fusible » en cas de courts circuits. Sinon c’est le président qui prend en pleine face la décharge des inévitables rancœurs accumulées au fil de années de gouvernent. C’est le cas aujourd’hui .

Si Sarko évoque parfois un gracieux callithrix secoué de tics, Hollande a tout de l’hippopotame, les rondeurs (elles vont revenir au galop avec le riche régime de l’Elysée), l’épaisseur du cuir (dont on fait des fouets fort efficaces) et les dents redoutables. C’est un herbivore placide et paresseux au naturel, mais susceptible de devenir dangereux à l’occasion. La pauvre Martine Aubry en a fait l’expérience.

Que va-t-il faire ? Rien sans doute sur le plan économique car il n’y a pas « de grain à moudre » (bien que beaucoup de pots à fracasser). Il va se rattraper sur le sociétal, seul domaine où il aura les coudées franches et aucun scrupule : on aura droit au mariage entre homosexuels de divers genres bien sûr, ou entre un homme et un chien, un singe ou un perroquet. Que sais-je encore ? Toujours ces avancées sociales qui font la grandeur du socialisme. Sans compter une grande opération « portes ouvertes » à l’immigration et la distribution de passeports, comme pour les préservatifs, dans des machines à sous.

Cet homme, qui n’a jamais exercé la moindre responsabilité ni dans le public ni dans le privé, possède en revanche une connaissance raffinée de tous les méandres, toutes les arcanes de la vie politique en coulisses d’un parti politique, le PS en l’occurrence. Il incarne à merveille le retour sur scène du radical socialiste type de la III° République dont « les dandinements sur place » dissimulent l’absence totale de mouvement. A côté, Jacques Chirac passerait pour un champion de la vélocité.

Reste l’épineuse question de son entourage. Il y a tout lieu de craindre le pire. Voyez-vous Eva Joly Garde des Sceaux peuplant nos prisons de mises en examens prises en rafales ? Et Martine Aubry au Finances ? Et Ségolène Royal aux Affaires étrangères allant en Afrique implorant son pardon pour tout le bon travail qu’on y a fait ?

Bref, de beaux jours nous attendent, comme le dirait Samuel Beckett.

Un mot sur les consignes de votes au 2° tour. Marine veut faire tomber Sarko. Fort bien. C’est de la bonne politique… de parti. Mais reste à savoir si plutôt qu’un aller/retour, ce ne serait pas un aller simple qu’on risque de prendre. Car les trends migratoires porteurs de droits de vote sont clairs. Le PS entend se bâtir une forteresse électorale inexpugnable avec le vote des étrangers naturalisés par fournées compactes. Or, dans 5 ans, il y aura, au minimum, un à deux millions supplémentaires d’électeurs issus de l’immigration dont la majorité votera massivement à gauche. C’est bien joli de triompher au sein de la droite mais si la droite est éliminée de la scène politique, le FN aura l’air fin.

Adoncques, une affaire à suivre.