Sortir de l’euro : et après ? Crise structurelle, endettement et révolution copernicienne

Les gouvernements, en Europe comme aux Etats-Unis, sont obstinément « à côté de la plaque ». Ils persistent à interpréter comme une crise conjoncturelle de courte durée ce qui, en réalité,  est une crise structurelle de long terme. Dans  de telles conditions, il ne faut s’étonner si les remèdes appliqués, de part et d’autre de l’Atlantique, avec des  plans de soutien ici, des plans de relance là bas, sont autant d’emplâtres sur une  jambe de bois. Ils ne servent rigoureusement à rien, si ce n’est à gagner un peu de temps, dans la mesure où ils ne s’attaquent  nullement aux fondements de la crise.

Expliquons-nous.

Un endettement aussi massif, aux USA comme en Europe (l’Allemagne exceptée) ne peut s’analyser que comme un déséquilibre structurel profond et durable entre l’offre et la demande.

Du côté de la demande, l’Occident a résolument choisi depuis fort longtemps, (pour d’évidentes raisons de démagogie électoraliste) de privilégier la consommation comme moteur de la croissance  au lieu de fonder aussi la croissance sur l’investissement (le modèle chinois) ou l’exportation (le modèle allemand). La démocratie n’a pas que des avantages. Le résultat ne s’est pas fait attendre : un gouffre prodigieux s’est ouvert entre les demandes d’une consommation frénétiquement dopée par le crédit et les capacités de l’économie à y répondre, d’où l’appel à l’étranger  avec un déficit commercial chronique  provoquant un endettement massif.

Du côté de l’offre, les dérives de la doctrine libérale ont imposé contre vents et marée une mondialisation tous azimuts qui a eu pour conséquence la multiplication des délocalisations à l’étranger, (Chine et Inde en étant les principaux bénéficiaires) d’où une profonde désindustrialisation  aux Etats-Unis[1] comme en Europe (sauf en Allemagne qui a su rester capable de produire les biens d’équipement dont les pays émergeants sont gourmands).

Mais tout d’abord, à quel prix pourrait-on réduire notre endettement ?

Lire la suite

La crise de l’euro va-t-elle casser l’Europe ?

Un beau matin du printemps 1860, sept étudiants munichois, bons alpinistes, partirent encordés tous ensemble pour tenter l’ascension d’un modeste sommet dans les Alpes suisses. Aucun ne revint. L’un d’entre eux ayant trébuché, la corde, qui devait les assurer, entraina, au contraire, les sept malheureux dans le vide. C’est l’histoire de l’euro.

Car si la Grèce n’avait pas fait partie de la zone euro, elle aurait promptement dévalué la drachme, procédé à une restructuration, avec ou sans l’aide du FMI, et l’affaire en serait restée là.

C’est ici que l’on mesure l’immense sottise de la création de l’ euro dans l’enthousiasme idéologique des années 80, comme prélude obligé à une citoyenneté européenne pleine et entière.[1]

Car, aujourd’hui, la chute de la Grèce, puis celle de l’Irlande, demain celle du Portugal peut-être suivie de l’Espagne et qui d’autre encore[2] , menace de jeter à bas tout l‘édifice européen, amitié franco allemande comprise. Beau travail en vérité.

Lire la suite

L’euroland, une zone hautement fragile

La crise grecque a mis en relief l’extraordinaire fragilité économique et financière de « l’euroland » et aussi de l’Europe dans son ensemble, Grande Bretagne comprise. Voici pourquoi.

Acte I La mise au monde d’un plan de stabilisation sans précédent.

A. Les chefs d’Etat européens ont fiévreusement « accouché » d’un plan de stabilisation gigantesque de l’euro de 750 milliards d’euros[1] pendant le week-end du 8/9 mai destiné à calmer la fièvre spéculative des marchés. De quoi s’agit-il au juste ?

Il s’agit, pour l’essentiel, d’une monnaie virtuelle, soyons précis, de crédits virtuels, qui n’existent pas ou du moins pas encore, sauf sur le papier, à l ‘usage des journalistes et des opérateurs du marché, à mettre en œuvre au coup par coup, selon les besoins. Il fallait frapper un grand coup médiatique pour enrayer un début de panique et c’est ce qui a été fait avec beaucoup de brio.

Ce plan se décompose de la façon suivante :

- 250 milliards promis par le FMI

- 60 milliards de la Commission (emprunts sur le marché garantis par le budget européen)

- 440 milliards d’emprunts (sur le marché des capitaux) garantis à mettre dans une « enveloppe » ad hoc à créer, le « fond de stabilisation intergouvernemental » (fond qui serait, en principe, conditionnel, à l’image des concours du FMI).

Lire la suite

Comment régler la crise grecque ? Quelques voies de sortie

Il n’y a pas que le volcan islandais au nom imprononçable : Eyjaföll. Un autre volcan, d’ordre financier celui-là, gronde aux flancs de l’ « Euroland » au risque de la faire exploser : la crise grecque.

I Le constat

A. Les chiffres, dans leur aridité, révèlent l’ampleur de la crise et la très grande difficulté à la juguler sans de graves dommages collatéraux.

- déficit public : 13,6 % du PNB (rappelons que les critères de Maastricht imposaient 3 %)

- dette publique : 273 milliards d’euros, soit 115 % du PNB

- intérêts de la dette (sur 5 ans) :97 milliards d’euros

- prêts venant à échéance dans les 12 prochains mois : 40 milliards d’euros

- taux d’intérêt exigés par les marchés : près de 10 %(3,5 % pour l’Allemagne)

- cerise sur le gâteau, les engagements publics au titre des retraites représentent 9 fois le montant du PNB.

B. En face de ce bilan de faillite virtuelle, l’Europe et le FMI proposent une aide (sous forme de prêts bilatéraux, faute de ressources pour la Banque centrale européene, « banque croupion » s’il en fût ) de 45 milliards d’euros, dont 15 du FMI ( et 8,4 fournis par l’Allemagne, le plus gros et plus exigeant contributeur). Mais on se contentera d’observer que ce modique viatique suffirait à couvrir à peine les prêts venant à échéance dans l’année qui vient et la moitié des intérêts venant à courir dans les 5 prochaines années. C’est un cas d’école de trop peu et trop tard devant une urgence.

Lire la suite