Nicolas le Mal aimé

Nicolas le mal aimé
Le jugement que l’on est en droit de porter sur le mandat de Nicolas Sarkozy ne peut être que globalement négatif, comme l’aurait dit en d’autres temps Valéry Giscard d’Estaing, autre président sortant malheureux.
Car que d’occasions perdues, que de possibilités inexploitées. En 2007 Nicolas Sarkozy avait toutes les cartes en main avec un gouvernement à sa botte, une large majorité au Sénat et à l’Assemblée nationale, une opinion publique majoritairement favorable et une économie en bon ordre : 5 ans plus, tout cela était devenu un champ de ruines. La France a clairement été victime d’une « mauvaise gouvernance » selon l’expression à la mode.
Nicolas Sarkozy , personnage quelque peu agressif, léger et emporté, a été, avant tout, victime de lui-même, je veux dire de son tempérament. Il n‘aura pas réussi à se faire aimer des Français, malgré la rituelle visite annuelle au Salon de l’Agriculture mise à la mode par Jacques Chirac. Mais était-il vraiment fait pour être président de la République ? N’est-on pas tout simplement en présence d’une simple monstrueuse et incroyable « erreur de casting », délibérément commise par l’intéressé lui-même ?
En fait, il est surprenant, après tant de sottises et de maladresses, qu’il ait quand même réussi à réaliser au 2° tour un score somme toute fort honorable. Cela, certes, porte le témoignage de son incroyable énergie nerveuse et de son tempérament de lutteur qui ne s’avoue jamais vaincu, mais aussi, et peut-être surtout, du réflexe de crainte de beaucoup de Français devant l’inconnue socialiste, la peur du vide en quelque sorte. La France ne risquait-elle pas de sombrer dans un abîme dont elle ne pourrait jamais remonter ?
Ceci dit, le pire n’est pas toujours inévitable, comme le disait jadis avec sagesse Georges Pompi

Le ouistiti et l’hippopotame

Les jeux sont sans doute déjà faits, et sauf miracle de dernière minute -mais ils sont rares en politique- notre Sarko national va perdre l’Elysée demain.

Mais quel gâchis ! Quel dommage que Sarko ait ainsi sottement gâché sa partition. Il y a seulement 5 ans, il avait toutes les cartes en mains : le Sénat, l’Assemblée nationale, une bonne partie de l’opinion, une économie stable et une immigration plus ou moins maîtrisée. Cinq ans après, un champ de ruine.

Il a tout gâché par « légèreté de cervelle » comme aurait dit Montaigne, en croyant « faire le petit malin ». Ainsi de la nomination de socialistes à des postes importants. Il a cru, l’infortuné, pouvoir s’en glorifier au cours du dernier débat. Il fallait voir le ricanement discret, difficilement dissimulé sur le visage rond et lisse de son adversaire.

Comme l’on ne savait pas, depuis toujours, qu’immanquablement, les forces de gauche votent toujours ensemble, au dernier moment. Alors qu’à droite ! Il n’y a qu’à voir le malheureux Bayrou, à la face de paysan béarnais qui n’a pas pu vendre ses cochons au prix espéré, céder ses maigres voix au plus offrant dans l’espoir d’en tirer un sous maroquin dans le prochain gouvernement socialiste. Quelle grandeur d’âme. Or la gauche ne renvoie jamais, jamais l’ascenseur. C’est la droite, culpabilisée, qui veut faire la généreuse au mépris du bon sens le plus élémentaire, et s’amuse à pratiquer ce genre de gracieusetés. Jamais la gauche. A ce système, on perd des voix à droite, on n’en gagne aucune à gauche. Et ça recommence, à chaque consultation électorale.

Ceci étant, au risque de passer pour un naïf, je reste convaincu que Sarko, au cours de ce dernier débat, a gagné haut la main. Les médias ont soutenu, quasi unanimement, le contraire. Cela permet de mesurer le degré d’aveuglement et la masse de préjugés de nos chers journalistes, incapables de discerner ce qu’ils ont devant les yeux. Sarko, très combattif, précis dans ses chiffres , documenté dans ses arguments, possédait parfaitement ses dossiers. Il a livré un beau combat, le dernier sans doute. Et je n’ai pourtant aucune indulgence, on le sait, à son endroit.

Celui d’en face s’est révélé tel qu’en lui même : belles phrases généreuse et creuses, gracieuses envolées lyriques, engagements flous et vagues à souhait, nobles propositions flatteuses à l’oreille, quitte à interrompre sans cesse son interlocuteur, au mépris des convenances, pour dissimuler son embarras chaque fois qu’il était en difficulté. Du beau travail de socialiste nourri au grain dans le sérail mitterrandien. Le capitaine Francesco Schettino, dont le navire va couler, fait une charmante révérence au public et annonce pompeusement que tout va bien à bord.

Sur le parcours de Sarko, tout a été dit. N’en rajoutons pas. « On ne tire pas sur une ambulance » disait charitablement naguère François Giroud à propos de Chaban Delmas. Tout ce que l’on peut avancer est qu’il a été bien meilleur à la fin qu’au début, ne serait-ce qu’en termes de dignité présidentielle. Mais le mal était déjà fait. Et quel dommage d’avoir perdu toute crédibilité par un flux ininterrompu de promesses tous azimuts en dernière minute.

Autre imprudence, qu’il paie aujourd’hui au prix fort, cette fâcheuse manie de vouloir tout faire, lui-même, au premier rang, au mépris des dispositions de la Constitution sur la dévolution des pouvoirs. On ne peut pas dire que ce malheureux Fillon, diaphane et translucide à souhait, ait le moindrement du monde assumé la responsabilité du gouvernement. Un Rocard aurait démissionné sans tarder. Fillon a préféré la précaire et provisoire sécurité de Matignon pour jouer le rôle, peu glorieux, de courroie de transmission entre le président et ses ministres. On le Premier Ministre doit servir de « fusible » en cas de courts circuits. Sinon c’est le président qui prend en pleine face la décharge des inévitables rancœurs accumulées au fil de années de gouvernent. C’est le cas aujourd’hui .

Si Sarko évoque parfois un gracieux callithrix secoué de tics, Hollande a tout de l’hippopotame, les rondeurs (elles vont revenir au galop avec le riche régime de l’Elysée), l’épaisseur du cuir (dont on fait des fouets fort efficaces) et les dents redoutables. C’est un herbivore placide et paresseux au naturel, mais susceptible de devenir dangereux à l’occasion. La pauvre Martine Aubry en a fait l’expérience.

Que va-t-il faire ? Rien sans doute sur le plan économique car il n’y a pas « de grain à moudre » (bien que beaucoup de pots à fracasser). Il va se rattraper sur le sociétal, seul domaine où il aura les coudées franches et aucun scrupule : on aura droit au mariage entre homosexuels de divers genres bien sûr, ou entre un homme et un chien, un singe ou un perroquet. Que sais-je encore ? Toujours ces avancées sociales qui font la grandeur du socialisme. Sans compter une grande opération « portes ouvertes » à l’immigration et la distribution de passeports, comme pour les préservatifs, dans des machines à sous.

Cet homme, qui n’a jamais exercé la moindre responsabilité ni dans le public ni dans le privé, possède en revanche une connaissance raffinée de tous les méandres, toutes les arcanes de la vie politique en coulisses d’un parti politique, le PS en l’occurrence. Il incarne à merveille le retour sur scène du radical socialiste type de la III° République dont « les dandinements sur place » dissimulent l’absence totale de mouvement. A côté, Jacques Chirac passerait pour un champion de la vélocité.

Reste l’épineuse question de son entourage. Il y a tout lieu de craindre le pire. Voyez-vous Eva Joly Garde des Sceaux peuplant nos prisons de mises en examens prises en rafales ? Et Martine Aubry au Finances ? Et Ségolène Royal aux Affaires étrangères allant en Afrique implorant son pardon pour tout le bon travail qu’on y a fait ?

Bref, de beaux jours nous attendent, comme le dirait Samuel Beckett.

Un mot sur les consignes de votes au 2° tour. Marine veut faire tomber Sarko. Fort bien. C’est de la bonne politique… de parti. Mais reste à savoir si plutôt qu’un aller/retour, ce ne serait pas un aller simple qu’on risque de prendre. Car les trends migratoires porteurs de droits de vote sont clairs. Le PS entend se bâtir une forteresse électorale inexpugnable avec le vote des étrangers naturalisés par fournées compactes. Or, dans 5 ans, il y aura, au minimum, un à deux millions supplémentaires d’électeurs issus de l’immigration dont la majorité votera massivement à gauche. C’est bien joli de triompher au sein de la droite mais si la droite est éliminée de la scène politique, le FN aura l’air fin.

Adoncques, une affaire à suivre.

Quelques réflexions –désabusées– entre les deux tours de scrutin

Pour faire court, les Français ont le choix entre la peste et le choléra. Ils ont à choisir entre un président sortant qui n’a pas su tenir ses promesses passées (et qui n’a naturellement aucune intention de tenir les promesses présentes) et un président aspirant qui n’a aucune chance de tenir les siennes, sauf à plonger le pays dans l’instant dans les affres d’une crise d’une exceptionnelle gravité.

Le malheur, pour les socialistes, est que l’on n’est plus en 1981 et que la France est devenue hautement vulnérable à la crise financière et économique qui nous guette. Or ce que les candidats à la présidence ont oublié de rappeler à leurs électeurs est que leur marge de manœuvre est extraordinairement limitée. Au moindre de faux pas, c’est le plongeon dans la tourmente des marchés. En fait, si on l’avait un peu perdue de vue depuis quelque temps, car elle ne fait plus la une des journaux, la crise s’est brutalement réveillée depuis le début de l’année en raison des inextricables difficultés que traverse l’Espagne, sans parler de l’Italie, des Pays Béas, et cela malgré l’action anesthésiante de la BCE qui a massivement inondé le marché de liquidités ( qu’il faudra bien rembourser d’ici trois ans). La croissance n’est pas repartie, l’endettement continue de s’alourdir et aucun des problèmes de fond qui paralysent l’Europe et l’euro n’ont été résolu. Mais, « après nous, le déluge », n’est-ce pas ?

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Les coûts macro économiques de l’immigration

Introduction

A côté des coûts budgétaires, que l’on pourrait qualifier de micro économiques, bien caractérisés par des écritures comptables inscrites dans un budget -ce qu’ont fait avec talent les intervenants précédents- on peut identifier des coûts macro économiques, diffus, quasi invisibles car noyés dans la masse, qui se reflètent dans les agrégats macro économiques de la France ou dans la comptabilité nationale. Mais qui existent bien quand même.

Les immigrés constituent désormais un segment important de la population française, soit 12,6 % de la population totale Or, quand une large partie de la population change sous l’effet d’une immigration rapide, intense et prolongée, -c’est le cas de la France-, on peut imaginer aisément que cette nouvelle population d’immigrés, et de leurs descendants, va exercer une influence significative d’une part, sur les divers agrégats macro-économiques : Consommation, Epargne, Investissement, qui constituent le produit national, et d’autre part, sur les grands équilibres économiques qui conditionnent son évolution : endettement, chômage, niveau des salaires, productivité ; sans compter le coût des biens sociaux majeurs que sont la santé, l’éducation et le logement. Continue reading

Lettre ouverte à Alain Juppé sur la Syrie

Mon Cher Alain,

Vous savez l’admiration sans bornes, et même l’affection –le mot n’est pas trop fort- que je vous porte depuis le jour où je vous ai rencontré, jeune inspecteur des finances fraîchement émoulu du concours, mais déjà confortablement logé à la Mairie de Paris. Vous en avez fait du chemin depuis cette heureuse époque !

C’est la raison pour laquelle l’ainé que je suis pour vous, -car j’étais déjà haut fonctionnaire à l’OTAN quand vous étiez encore en culottes courtes-, prend respectueusement la liberté de vous donner quelque conseils qui vous seront, j’en suis sûr, fort utiles, dans la période incertaine que nous traversons.

Vous vous interrogiez tantôt sur la raison pour laquelle ces coquins de Chinois et ces fripons de Russes avaient proprement torpillé le 4 février dernier votre projet de résolution sur la Syrie à l’ONU.

Permettez-moi de vous éclairer sur ce point

Ils vous ont tout simplement rendu la monnaie de la pièce.

Car, rappelez-vous, vous les aviez proprement « roulés dans la farine » avec la fameuse résolution 1973 de l’ONU qui vous autorisait à bombarder, du haut des airs, la Libye du colonel Kadhafi pour « sauver des vies humaines ». Pourquoi pas ? L’humanitaire qui fait pleurer les chaumières fait toujours recette dans nos médias. Mais vous en avez profité, toute honte bue, et au mépris du droit international, pour écraser ce malheureux pays sous un tapis de bombes (et ce, avec l’aide occulte des Etats-Unis sans laquelle nos forces n’auraient pas tenu plus de 15 jours, faute de carburant et de munitions, sans compter la destruction des batteries antiaériennes de la Lybie sans laquelle nos forces aériennes auraient sans doute subi des pertes insupportables).

Mais, allant plus loin dans votre logique, vous avez cherché le renversement du régime, et même autorisé indirectement l’assassinat par une foule déchaînée du Colonel Kadhafi, certes, personnage fort peu recommandable, mais quand même. Pour un ministre qui invoque à tout propos « l’honneur de la France » et pour un président qui se réfère à tout instant aux droits de l’homme, avouez que cela n’est pas trop mal.

Or il se trouve que Chinois et Russes, eux, ont conservé la mémoire et qu’ils n’entendent pas voir ce scénario se répéter trop souvent. Et pourquoi ne pas intervenir au Tibet et en Tchétchénie tant que vous y êtes ?

D’autant plus que ces interventions irréfléchies se terminent inévitablement par des désastres. Il ne vous échappera pas que, selon les gazettes, la Libye est au bord du chaos, que la Charia est en voie d’y être rétablie (ah ! la libération des femmes) et que les milices y font la loi. Cerise sur le gâteau, les milices Touareg que vous avez si péniblement délogées sont allées incontinent s’installer au Nord du Mali où elles trouvent naturellement à s’employer pour déstabiliser la région et les régimes qui sont nos amis. Du beau travail en vérité. Cela valait effectivement la peine de rameuter l’Europe à grands cris pour parvenir à un tel résultat. Et tout cela pour gratter quelques points de plus (vite envolés) dans les sondages.

Mais réfléchissez un peu si cet exerce n’est pas trop pénible en période pré électorale. Chaque fois que l’occident a voulu se mêler des affaires d’autrui, au nom des sacro saints droits de l’homme, les conséquences ont été proprement catastrophiques. Voyez la Libye, voyez l’Irak, voyez l’Afghanistan dont nous allons avoir toutes les peine du monde à nous extirper sans trop de dommages. Demain ce sera l’Iran ?

Vous voudriez que la France aille encore se mêler des affaires syriennes ? Certes, le régime du président Bachar el Assad n’est guère un modèle de démocratie et que le personnage lui-même est fort peu sympathique. Le mot est faible. Les abus de pouvoir sont flagrants et la répression, semble-t-il, féroce. Mais, tout d’abord, que savez-vous de la réalité sur le terrain que nous ne connaissons qu’au travers des informations fournies par les insurgés ? Ce qui n’est pas forcément un modèle d’objectivité. Au surplus, que proposez-vous de faire ?

La Syrie, comme nombre de ces pays au Moyen-Orient, et je cite le Yémen, la Jordanie, l’Irak, le Liban, la Somalie, la Libye, et même l’Egypte –excusez-moi du peu- sont autant de pays composé de minorités, souvent de tribus à vrai dire, séparées par d’innombrables et anciennes haines intertribales et religieuses fortement enracinées . Pour la seule Syrie, la minorité alaouite au pouvoir depuis 40 ans, fédère à grand peine la majorité sunnite, mais aussi les minorités druzes, chrétiennes, kurdes, que sais-je encore.

Et vous envisagez, piqué par ce tracassin interventionniste hérité du « droit d’ingérence » du célèbre Bernard Kouchner, d’intervenir dans ce guêpier pour y rétablir sans doute la paix, l’harmonie, la concorde entre ces communautés ennemies, au prix sans doute de pertes humaines dont vous avez perdu le souvenir, comme naguère au Liban avec l’attentat du Drakkar, 58 morts, du temps de François Mitterrand (241 morts pour les Américains à Beyrouth). Certes, la tentation est grande d’aller tailler quelques croupières à l’Iran qui ne cesse de nous causer du chagrin et aussi, à quelques semaines des élections présidentielles, de faire apparaître la France, comme pour la Libye, comme l’ardent défenseur de tous les persécutés dans le monde. Cela nous vaudra bien quelques manchettes dans les journaux et une remontée, que l’on espère n’être pas trop fugace, dans les sondages du lendemain.

Mais admettons que cela ne se passe trop mal. Allez-vous vous installer là-bas pour longtemps, comme naguère au Liban, puis en Afghanistan, puis l’évacuer subrepticement, comme on l’a fait au là et ailleurs, au Vietnam, en Irak et bientôt en Afghanistan, en laissant ce malheureux pays « délivré » par les armes occidentales en proie à une guerre civile qui promet de faire passer les troubles actuels comme de paisibles manifestations ?

Laissez donc les Russes, et pourquoi pas les Chinois, se débrouiller comme ils l’entendent puisqu’ils ont la prétention de s’immiscer dans cette inextricable affaire.

Sachez, mon Cher Alain, que la meilleure politique, dans certaines circonstances, est de savoir s’abstenir et de n’intervenir que lorsque les intérêts fondamentaux du pays, la France en l’occurrence, au cas où vous l’auriez oublié, sont engagés.

En Syrie, c’est loin d’être le cas.

Et abstenez-vous, pour l’amour du Ciel, d’aller chercher conseil auprès de M. Bernard-Henry Levy, l’homme par qui la catastrophe arrive, inévitablement.

Yves-Marie Laulan

Sur la mort de 4 de nos soldats en Afghanistan

J’ai fait mon service militaire pendant la guerre d’Algérie, pendant deux longues années. Plus tard, j’ai été nommé directeur à l’Otan du temps de la Guerre Froide. J’ai eu enfin le privilège d’être conférencier à l’Ecole supérieure de Guerre pendant un certain nombre d’années.

C’est dire l’attachement profond, et le respect, que je ressens pour l’institution militaire et les hommes qui l’incarnent. Car l’armée française représente, en effet, à mes yeux, un des derniers viviers de notre société qui cultive encore, dans la discrétion, les qualités d’honneur, de sacrifice, de courage et de patriotisme tant vilipendées aujourd’hui dans tant de secteurs de notre pays. Continue reading

Après la perte du triple A de la France

Les Américains ont une expression très plaisante pour désigner aimablement ce genre de situation : « He had it coming » que l’on peut traduire par : « c’est bien fait » ou « il l’a bien cherché ».

En effet, la décision de Standard and Poor’s, lourde de conséquences, sanctionne, qu’on le veuille ou non, -car c’est bien d’une sanction qu’il s’agit- l’échec d’un homme, d’une stratégie, et la ligne de conduite adoptée pour gérer les affaires de l’Etat.

L’échec d’un homme.
Le président de la République est sanctionné pour son inconstance et son imprévisibilité. Il a fait preuve tout au long de son mandat de son incapacité chronique à dégager une vison d’ensemble des problèmes de la France et de sa capacité à mener une politique cohérente de long terme, et cela dans les domaines les plus divers. Bien au contraire, il a trop souvent agi par foucades successives, par coups de tête irraisonnés, parfois même franchement déraisonnables. C’est la décision impromptue d’aller, toutes affaires cessantes, écraser la minuscule Libye, sous le fallacieux prétexte de sauver de vies humaines menacées, en fait, pour redorer pour quelques semaines seulement, son blason auprès d’une opinion publique désabusée. Et que dire de la navrante loi sur le génocide arménien destinée à racoler in extremis les voix de la communauté arménienne, au risque de sacrifier nos intérêts économiques en Turquie. Comme si la France n’avait pas assez d’ennemis…

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Un sommet en trompe-l’oeil de plus ?

Voilà que pour la énième fois depuis 6 mois s’est achevé depuis vendredi soir un-sommet-de-la-dernière-chance-pour-sauver-l’euro », lequel a, décidément, la vie dure.

S’agit-il, une fois de plus, de jeter « de la poudre aux yeux » des marchés et ces derniers vont-ils s’y laisser prendre ? Réponse, sans doute, dans quelques jours, ou après les Fêtes , dans quelques semaines, ou plus tard encore.
Le malheur veut que cet évènement « historique » (le moindre évènement devient historique dans la bouche de nos politiques), à savoir cette pesante réforme institutionnelle, ne règle en rien le problème du moment, celui de la dette de la zone euro, et plus précisément, des échéances toutes proches.

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Le retour au franc. Comment cela risque de se passer

Ca y est : on laisse l’euro et retourne au Franc.

Que va-t-il se passer ?

1° Tout dépend du contexte : retour aux monnaies nationales tous ensemble ou chacun pour soi dans le désordre ? Savamment préparé dans la concertation ou dans l’improvisation et le chaos ? Cela change tout. Tout le monde sera concerné, depuis « la veuve de Carpentras » jusqu’à Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France. Mais à des degrés divers. Trois fléaux sont à éviter dans tout changement monétaire : la pagaille, la panique et la fraude (la spéculation). Comment s’y prendre ?

2° L’affaire va se dérouler en deux temps : l’échange des pièces et des billets sur le plan interne ; puis l’ajustement aux monnaies redevenues étrangères.

Pour Mme Michu, rien de plus simple. Elle va porter ses billets en euros à la banque (ou à la Banque de France) et recevoir en échange des pièces et billets en NF(nouveaux francs) , une carte bancaire et des carnets de chèques tout neufs, cependant que ses dépôts changeront d’écriture sans qu’elle-même qu’elle s’en aperçoive (sauf au taux de change adopté, probablement 10 NF pour un euro). Elle recevra son salaire (ou sa pension) en NF qu’elle dépensera au marché de même. Et le tour est joué. Sauf si elle va à l’étranger où il lui faudra échanger ses francs aux bureaux de change de la ville ou à la frontière (comme elle le fait déjà pour la Suisse ou l’Angleterre). Ce n’est pas un monde !

Pour notre « veuve de Carpentras », épargnante, cela pourrait se passer différemment. Peut-être lui demandera-t-on de ne pas retirer ses dépôts d’un coup, mais en plusieurs fois, avec un plafond. Cela dépendra de la situation pour éviter une fuite devant la monnaie, caractérisée par des retraits massifs des dépôts en banque en cas, peu probable, de panique.

Ma boulangère fera de même, sauf qu’il lui faudra acheter une nouvelle calculette. Les banques vont s’ajuster dans l’instant : c’est leur métier. Peut-être vont-elles même recruter. Elles devront cependant changer leurs billetteries. Le métro et la SNCF aussi. Mais Achtung. Il faudra instituer dare-dare un certain contrôle des mouvements de capitaux. Sinon le petits malins (et Dieu sait les Français sont malins) s’empresseront vite fait de placer leurs épargnes à l’étranger pour les rapatrier ensuite (ou les laisser) avec un confortable bénéfice, après l’inévitable dévaluation.

3° La vraie différence, et elle est de taille, viendra plus tard. Car il faut s’attendre à une poussée d’inflation (comme pour le passage à l’euro, mais en sens inverse) limitée, on peut l’espérer, à 5 à 10 % Les commerçants seront trop contents de profiter de l’aubaine pour se refaire une petite santé. Attention aux prix alimentaires. D’autant plus que le retour à un certain contrôle des prix, hautement souhaitable, ne sera guère possible tout de suite, faute de moyens : tout a été démantelé.

Il faut s’attendre à une dévaluation assez forte pour ne pas avoir à refaire trop vite l’opération : disons 20 à 25 %. Mme Michu, grande voyageuse, aura intérêt à passer ses vacances en métropole et non à Las Végas. Mais il faut prévoir une seconde vague de hausse des prix. Car nous achèterons plus cher nos produits importés mais vendrons moins chers, donc plus facilement, nos exportations. D’où la réduction de notre déficit commercial. Donc plus de croissance et plus d’emplois (surtout pour nos jeunes), mais au prix de plus d’heures de travail moins payées : l’inverse du fameux slogan présidentiel : « travailler plus pour gagner moins ». Que de belles grèves en perspectives.

Evidemment, notre niveau de vie ne peut que se ressentir du retour de l’inflation. C’est le prix à payer pour le retour au plein emploi. Et tant pis pour nos inactifs, titulaires de revenus fixes, fonctionnaires et retraités. Ils paieront pour les autres. Cela leur apprendra.

Bonne vacances

Des statistiques torturées

Article paru dans Valeurs  Actuelles du 24 novembre 2011

« Les statistiques sont des êtres fragiles qui, à force d’être torturés, finissent par avouer tout ce que l’on veut leur faire dire ». Cette remarque amusée du grand démographe disparu, Alfred Sauvy, s’appliquerait bien à la question controversée des coûts de l’immigration. Cela se comprend. Car l’enjeu est majeur. Si l’immigration se solde par des coûts nets importants, elle est néfaste pour l’économie, surtout en période de « vaches maigres », comme maintenant. Si, à l’inverse, l’immigration présente une balance positive, les bénéfices l’emportant sur les coûts, la pensée de gauche triomphe. Car voilà ses thèses inlassablement ressassées : « les immigrés paieront pour nos retraites » ou « l’immigration, une chance pour la France »,  enfin confortées par des chiffres.

Pour ma part, j’avais organisé en 2005 avec l’Institut de Géopolitique des Populations un colloque,- le premier du genre- sur « Immigration/Intégration : Un essai d’évaluation des coûts économiques et financiers », publié  à l’Harmattan-, avec le concours d’économistes reconnus , notamment Jacques Bichot de Lyon 3 ou Gérard Lafay de Paris 2. Nos travaux avaient abouti à un coût de 36 milliards d’euros  pour l’année 2004. J’ai récemment réactualisé ces chiffres pour tenir compte, sur 7 ans, de l’inflation, de l’ immigration  et  des naissances d’origine immigrée. On obtient ainsi un chiffre situé dans une fourchette de 70 à 80 milliards d’euros, proche du déficit budgétaire d’aujourd’hui. Nos travaux ont été par la suite valorisés par un journaliste de talent,  Jean-Paul Gourevitch qui arrive, lui, à un chiffre de 30,4 milliards,  proche de celui que nous avions calculé voici 7 ans.

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