De la Russie d’aujour’hui (et de celle de toujurs)

Mis en avant

Yves-Marie Laulan Paris le 20 mars 2015
De la Russie (d’aujourd’hui et de toujours)
En guise de prologue
L’objet de cette réflexion n’est nullement mettre en question la grandeur de la Russie. C’est un pays immense par sa contribution au patrimoine culturel de l’humanité dans tous les domaines de l’art, architecture, littérature, musique, peinture etc.. Peu de nations ont autant apporté à l’homme et à l’art. Peu de nations ont aussi su faire preuve d’autant de courage et d’abnégation devant l’adversité. Il s‘agit simplement de souligner ici brièvement quelques traits qui abîment quelque peu le visage public de la Russie et en gâte la fréquentation. Chaque pays présente une face au soleil et une face d’ombre. C’est la face d’ombre de la Russie que nous allons évoquer maintenant.
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Au risque de passer pour un russophobe invétéré, comment ne pas être frappé par trois constantes historiques dans le comportement collectif de la Russie à travers les siècles, aussi bien au temps des Tsars que celui de l’Union soviétique, qu’aujourd’hui avec Wladimir Poutine :
-la première est l’incapacité de concevoir la gestion du pays sur un mode autre qu’autoritaire, et non selon les normes du modèle démocratique de type occidental,
-la seconde est un instinct prédateur irrésistible qui la pousse à tenter de mettre la main sur tout pays, ou tout territoire passant à sa portée, en les choisissant de préférence petits et faibles.
– la troisième enfin est le culte du secret et de la dissimulation. On pourrait y rattacher un penchant marqué pour le mensonge public. La censure d’Etat est enfin un trait quasi permanent qui a pesé sur la créativité de la littérature russe.
En effet, l’affaire de l’invasion du Sud de l’Ukraine, le Donbass, par la Russie, par « séparatistes » interposés, mais ce « cache sexe » ne trompe personne, ramène l’attention sur ce très curieux pays, à nul autre pareil. C’est en effet un pays énigmatique, indéchiffrable, presque impossible à comprendre pour un esprit occidental. Winston Churchill, face à Staline, l’avait déjà observé pendant la II° guerre mondiale . La Russie se défie de l’occident et suscite, en retour, la défiance.
Car de fait, la Russie reste , pour l’Européen moyen un pays très étrange, en dépit de plusieurs siècles de cohabitation plus ou moins paisible. On serait tenté de dire que nombre de pays africains sont plus proches de nous que la Russie. Car, non pas tout certes, mais beaucoup, nous sépare : la langue, l’écriture, la religion, l’histoire, les comportements individuels et sociaux. Il faut dire aussi que la Russie a volontiers cultivé ce séparatisme culturel qui lui a permis de conserver une très forte identité nationale au détriment du cosmopolitisme européen. Cela est fort utile aujourd’hui à Wladimir Poutine lequel peut s’appuyer sur le double pilier de la religion orthodoxe et du nationalisme russe pour renforcer sa légitimité politique et se maintenir au pouvoir.
L’histoire très particulière de la Russie explique en partie cette situation originale . Après la Horde d’Or, celle des Tartares, qui a quand même occupé et dominé le pays pendant 250 ans, jusqu’au 15° siècle, le coupant ainsi du reste de l’Europe, le régime des Tsars s’est lui aussi moulé dans ce cadre séparatiste avec des traits uniques en Europe. N’oublions pas quand même que la libération des Moujiks, ces paysans quasi esclaves attachés à la terre de leurs maîtres susceptibles d’être vendus ou échangés avec elle, est intervenue très tardivement, en 1861 seulement. Cela en dit long sur les conditions de vie en Russie dans le monde rural au 19° siècle. La Russie était clairement en retard d’une révolution. Il est vrai qu’elle s’est largement rattrapée par la suite avec l’instauration du bolchevisme en 1917 ….. pour tomber dans une autre forme d’esclavage.
A cet égard, une question se pose : est-ce le communisme qui a formaté la Russie ou est-ce l’inverse, la Russie qui a posé son empreinte sur le communisme en le façonnant à son image ? L’évolution divergente de la Chine communiste fournit une partie de la réponse. Avec l’avènement d’un capitalisme d’Etat, puis privé, qui a fait la fortune du pays, on voit bien que le Parti communiste chinois n’a conservé de l’enveloppe d’origine que le goût de la discipline sociale et de l’autorité sans partage du Parti, cadre fort commode et efficace pour le développement économique du pays.
La Russie n’a pas su faire preuve de la même souplesse d’adaptation que la Chine. Elle a conservé largement parmi les oripeaux du régime communiste, non seulement l’arbitraire d’Etat, mais aussi le mépris des forces du marché. L’économie de commandement comporte ainsi le dédain de la notion d’optimum économique, laquelle permet de valoriser au mieux la combinaison des ressources disponibles pour la création de richesses. L’exemple le plus récent est fourni par les Jeux de Sotchi, investissement de prestige énormément coûteux dont les dividendes sont difficiles à identifier. Les enfants des écoles font de nos jours des pâtés de sable dans les luxueuses installations olympiques . Mais il y a bien d’autres cas.
Ce pays s’est lancé au lendemain de la dernière guerre et tout au long de la Guerre Froide dans une course poursuite de l’Amérique sur tous les plans, militaire bien sûr mais économique aussi, confiant dans la supériorité du système communiste sur le capitalisme. Espoir toujours déjoué sans que la Russie abandonne l’espoir de rattraper puis, qui sait, de dépasser son rival de toujours .
A ces gaspillages de ressources lié au système politique s’ajoute naturellement la corruption, auparavant au profit du privé, les oligarques, maintenant au profit de l’Etat et de ses démembrements, c’est à dire en fin de compte, de Wladimir Poutine et de ses séides. Sans doute faut-il y voir une forme de progrès.
Autre trait national, une tradition millénaire du secret et de la dissimulation, tant au niveau des individus que des institutions publiques. Cette disposition est largement fondée sur la crainte d’être observé, puis dénoncé, et naturellement puni en fin de compte. La déportation en Sibérie fonctionnait déjà fort bien du temps des Tsars. Elle n’a fait que fleurir et embellir par la suite. Difficile dans ces conditions de développer le culte de la liberté d’expression si prisé dans nos pays depuis la Renaissance .
C’est que les Russes, depuis toujours, qu’il s’agisse de la Russie des Tsars, celle de Staline ou de Wladimir Poutine, évoluent dans la sphère publique dans un climat de crainte et l’incertitude . Dans ces conditions développer une opposition politique qui tienne debout est une gageure. Le régime d’aujourd’hui est quand même plus clément que celui de naguère. C’est un régime d’arbitraire modéré. Il est simplement ponctué de temps à autre par l’assassinat occasionnel de quelques leaders de l’opposition . C’est le cas lorsqu’ils deviennent excessivement visibles et donc crédibles, en conséquence dangereux pour le régime en place. L’explication officielle du récent meurtre de Boris Nemtsov, soi-disant par des Tchétchènes soi-disant choqués par l’affaire Charlie Hebdo en France, prête tout simplement à sourire. La ficelle est grosse. Mais plus elle est grosse, plus elle est visible. « Who’s going to believe that ! » (qui va croire ce genre de bobard ?) comme le disent plaisamment nos amis anglais. Pour comprendre, cherchez donc à qui profite le crime.
C’est cette tunique de plomb qui pèse sur la société russe et qui empêche sa transformation et son adaptation à la modernisation et au libéralisme. En Russie, derrière le droit, derrière la justice, c’est toujours l’arbitraire d’Etat qui se tapie derrière ces défroques juridiques, comme un animal prêt à se mettre à la moindre occasion au service du pouvoir.
En fin de compte, ce sont les notions qui nous sont si familières ( bien que nullement toujours parfaitement respectées chez nous bien sûr) de droit, de justice, de libertés publiques et privées qui n’ont jamais réellement pris racine sur le sol russe . Pourquoi, par exemple, ce pays s’est-il montré incapable au fil de son histoire d’adopter un régime de démocratie parlementaire, si ce n’est sous une forme de travesti grotesque comme celui du « culbuto », celui qui fonctionne depuis 15 ans au profit de Wladimir Poutine et de son compère Dimitri Medvedev ?
Est-ce l’immensité du pays, le plus étendu au monde, avec ses 17 098 242 kms carrés, qui veut cela ? Ou l’extrême diversité de sa population qui rassemble des ethnies si différentes, héritage d’un impérialisme colonial avide, dont la plupart sont loin d’être assimilées. On songerait naturellement ici à la Tchétchénie mais aussi à la Crimée ou encore aux diverses tribus qui peuplent le Caucase ou la Sibérie? Si les Russes ne constituent pas plus de 80 % d’une population disparate et turbulente, on peut effectivement concevoir qu’un régime autoritaire est indispensable pour faire tenir cet ensemble composite dans un ordre relatif.
Ou encore est-ce encore l’héritage d’une histoire extraordinairement tourmentée, marquée par une série quasi interrompue d’épreuves , de malheurs et de souffrances, histoire qui aurait durablement durcie l’âme russe et l’aurait rendue imperméable à la liberté et insensible à un mode de vie plus ouvert. Quoi qu’il en soit, il en ressort qu’à vue humaine, la Russie ne sera pas un pays démocratique fonctionnant sur un mode libéral.
Par ailleurs enfin, la Russie reste immuablement un pays prédateur, prompt à guigner le territoire de ses voisins, choisis de préférence parmi les plus faibles et les plus petits. On ne se refait pas. Le curieux de l’histoire est que cette même difficulté de la Russie à rassembler sous ses ailes une couvée aussi disparate ne l’a nullement dissuadé de rester paisiblement à l’intérieur de ses frontières, bien au contraire. Au sortir de la Deuxième Guerre Mondiale, l’Amérique en est sortie comme elle y était rentrée : sans un pouce d’acquisition territoriale supplémentaire. Au contraire, l’Union soviétique s’est sans vergogne installée comme chez elle dans les pays vaincus en y installant des régimes fantoches à sa dévotion.
Elle en a ainsi profité pour mettre la main sur la moitié de l’Europe : Allemagne de l’Est, Bulgarie, Albanie, Hongrie, Pologne, Roumanie, Yougoslavie, Tchécoslovaquie. L’Empire russe a certes fondu sous Boris Elstine en perdant le bien mal acquis après le deuxième conflit mondial. Il n’en reste pas moins que ces pays sont restés derrière le Rideau de Fer sous occupation politique et militaire de la Russie une bonne quarantaine d’années, jusqu’en 1991, avec la chute du Mur de Berlin et l’éclatement de l’Empire soviétique.
Mais, même en dépit de cette remise à plat historique, la Russie en est restée à l’idéologie du 19° siècle , celle de la colonisation et de l’acquisition de territoires nouveaux : Abkhazie, Ossétie du Sud, Crimée, Donbass, peut-être, demain, l’Ukraine toute entière. Son péché mignon consiste à grignoter quelques lambeaux de territoire autour d’elle arrachés aux pays voisins qui ont la mauvaise fortune de vivre à côté d’elle . Comme si la domination ou la conquête de quelques arpents de terres de plus pouvaient en quoi que ce soit contribuer à la puissance et de la prospérité du peuple russe. Cette boulimie territoriale demeure l’alpha et l’oméga de la politique extérieure russe. Malgré l’immensité de leur espace national, les Russes se sentent encore à l’étroit dans leur territoire, comme sous les Tsars, comme au 19 ° siècle, comme sous Staline. C’est que les Russes ne semblent pas avoir abandonné le souvenir onirique de l’Empire soviétique perdu dont ils portent encore la nostalgie.
Ou alors peut-être faut-il y voir tout simplement la recherche d’une compensation devant le désastre économique qui commence à se profiler en Russie.

L’Ukraine en péril

Yves-Marie Laulan Paris le 2 avril 2014

L’Ukraine en péril

Le problème de l’Ukraine s’enracine clairement dans la situation catastrophique de son économie. Pourquoi l’Ukraine est-elle en état de faillite virtuelle ? C’est bien là le nœud du problème. Car si ce pays avait des finances en équilibre avec une économie prospère, il n’aurait pas eu besoin d’appeler à l’aide l’Union européenne, si bien que Poutine n’aurait pas eu l’occasion de venir se mêler des affaires ukrainiennes.
Rappelons que l’Ukraine a un énorme problème d’endettement. Le déficit des paiements extérieurs atteint 8 % du PNB, et au cours des deux prochaines années, en 2014 et 2015, ce sont 35 milliards de dollars qui viennent à échéance. Par ailleurs, les réserves de change sont au plus bas, les banques sont à court de liquidités et l’endettement atteint 180 % du PIB, des taux « grecs ». Notons, au surplus, qu’entre1996 et 2013, la population de l’Ukraine a perdu 7 millions de personnes en raison d’un des plus faible taux de fécondité d’Europe (1,1 enfant par femme) et, sans doute, d’une forte émigration.
Sur le plan de l‘économie, le tableau n’est guère plus plaisant. Depuis 1991, l’économie de l’Ukraine s’est contractée de 30 % alors même que celle de la Russie augmentait de 20 % pendant la même période.
Un article récent de la presse économique allemande observait qu’en 2012, le PIB par tête en Ukraine était de 6,394 dollars, soit 25% inférieur au niveau atteint un quart de siècle plus tôt. En revanche, si l’on compare la situation de l’Ukraine avec celle des quatre pays anciennement sous la domination soviétique qui adopté l’économie de marché dans le cadre de l’Union européenne, Pologne , Slovaquie, Hongrie et Roumanie, on constatera que le PIB par habitant s’est élevé à 17 000 dollars,150% de plus qu’en Ukraine. On comprend dans ces conditions que les Ukrainiens se soient révoltés .
Cette situation est d’autant plus surprenante, ou même aberrante, que l’Ukraine possède un potentiel économique tout à fait respectable avec des terres agricoles qui comptent parmi les plus riches au monde (le fameux tchernozium), des gisements en minerais abondants ( fer ,charbon), une industrie lourde héritée de la période soviétique (aciers, tuyaux, fonte), fort peu compétitive il est vrai, mais robuste néanmoins et une industrie chimique active .
Mais l’Ukraine doit importer 90 % de son pétrole de Russie et une grande partie de son gaz, d’où une dépendance perpétuelle vis-à-vis de la Russie, cette dernière n’étant nullement ennemie de la manipulation du prix, voire même de l’interruption pure et simple des approvisionnements en énergie, pour ramener sa voisine à la raison, comme au bon temps du régime soviétique . De fait , la Russie, le 1° avril, n’a pas hésité à augmenter de 40 % le prix du gaz vendu à l’Ukraine. De quoi lui maintenir la tête sous l’eau, voire à l’asphyxier complètement.
En dépit de ces atouts, victime de la crise de 2008 et de la chute du prix des matières premières, d’une compétitivité très médiocre et d’énormes problèmes de corruption, l’Ukraine dispose d’un niveau de vie inférieur à celui de la période soviétique d’où un réel problème de pauvreté. En conséquence, le banque centrale fait tourner la « planche à billets » et la valeur de la monnaie nationale, l’Hryvnia, s’effondre . Il s’ensuit que l’aide russe, ou occidentale, à elles seules, ne suffiront pas à sortir l’Ukraine de l’ornière.
Au vu de ce qui précède, il est clair que la situation affligeante de l’économie ukrainienne ne peut s’expliquer que par une gestion économique très médiocre voire aberrante. C’est là que la réaction violente des manifestants de la place Maiden trouve ici sa justification en raison de l’incompétence criante de son ancien gouvernement.
Une réorganisation énergique de l’économie ukrainienne s’impose donc, à commencer par le relèvement sensible des prix intérieurs de l’énergie, tant pour la consommation domestique qui encourage des gaspillages considérables, que pour l’industrie, ce qui favorise des modes de production obsolètes. Il faudra aussi supprimer les subventions multiples favorisant artificiellement tel ou tel secteur économique afin de rétablir la vérité des prix. Par ailleurs il sera nécessaire de laisser flotter l’Hryvnia sur le marché des changes pour que cette monnaie retrouve une parité convenable. Il importe enfin de rétablir la sécurité pour faciliter la reprise du tourisme, source précieuse de devises, et pour rassurer les investisseurs extérieurs.
Cela n’ira pas sans mal et le public en Ukraine pourrait même réagir négativement à la cure d’austérité qui lui sera implosé par cette remise en ordre pourtant indispensable. L’heure de vérité approche pour l’Ukraine, au moment même où la Russie de Wladimir Poutine ne dissimule plus ses convoitises.
En effet, après avoir avalé sans coup férir la Crimée, la Russie tourne maintenant son regard vers les régions russophones ukrainiennes de l’Est et du Sud du pays, Donetsk, Kharkiv, Lougansk et Odessa. Ce sont les zones les plus industrielles : industrie lourde, métallurgie et mines. C’est là que la proposition russe d’imposer à Kiev une réforme de la constitution pour mettre en place une structure fédéraliste prend ici tout son sens. L’appétit ruse n’est nullement calmé avec la Crimée. Car le schéma déjà utilisé pour s’emparer de la Crimée pourrait être mis en œuvre à nouveau avec la même efficacité. Il suffirait que les parlements locaux des régions disposant d’une nouvelle autonomie réclament haut et fort, appuyés par des manifestations savamment organisées, leur rattachement à la mère patrie russe pour que l’Ukraine soit irrémédiablement démembrée. A ce stade, l’absorption du reste de l’Ukraine ne serait plus qu’une question de temps.
Et le rêve de Wladimir Poutine de reconstituer les contours de l’ancien empire soviétique, dont l’Ukraine constitue la pièce maîtresse, serait enfin réalisé.

Regard sur le terrorisme ordinaire

Yves-Marie Laulan Le 31 mars 2015
Regard sur le terrorisme ordinaire

L’attentat à la kalachnikov qui a entraîné la mort de 21 touristes étrangers le 18 mars dernier au musée du Bardo en Tunisie nous ramène à une triste réalité de notre temps. A cela fait écho l’attentat du 2 avril au Yémen où l’explosion d’une laiterie par des terroristes Houthis (d’obédience chiite) a provoqué la mort de plusieurs dizaines de personnes . Puis, tout récemment, ce sont 147 morts au Kénya dans un campus universitaire massacrés par les islamistes somaliens d’Al-Chebab.
Que ce soit sous le nom d’Al Qu’Aïda, de Daech ou d’un califat fantôme en voie de réanimation, le terrorisme est sans trêve à la manœuvre. Il fait désormais partie de notre quotidien. Il s’est terriblement banalisé. Il n’est guère de mois, de semaine, de jours même que l’on apprenne un attentat quelque part dans le monde ayant entraîné la mort d’un certain nombre de personnes innocentes, des civils dans la plupart des cas.
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Certes, le terrorisme est né avec l’homme. Il a toujours existé à l’état latent. Mais il a revêtu des formes très diverses au fil du temps. Il frappait naguère le plus souvent des personnes porteuses de symboles de puissance ou de majesté. Il s’attaque de nos jours à des foules anonymes qui ont simplement eu la mauvaise fortune d’être au mauvais moment au mauvais endroit.
Tous les grand conquérants ont eu à divers moments la tentation de recourir à la terreur pour soumettre leurs adversaires, depuis les Mongols jusqu’à Guillaume le Conquérant (pour « pacifier » le Northumberland obstinément rebelle). Mais c’est la secte des « Assassins » qui porté ce genre de méthode de contrôle des populations d’un genre un peu particulier à un niveau de perfection rarement égalé dans l’histoire.
Rappelons que la secte des « Assassins » , dont la terreur était l’arme principale, a été fondée au Moyen Orient –ce n’est pas un hasard- par Hassan, un ismaélite d’obédience chiite. Enfermé dans sa forteresse d’Alamout, ce dernier, puis ses disciples, ont fait régner la terreur pendant pas moins de 150 ans dans tout le Moyen Orient parmi les dignitaires. Ces derniers vivaient dans la crainte permanente de perdre leur vie aux mains des « fédaviès », les exécuteurs proprement dits prêts à tuer et à mourir. C’était un moyen de domination politique fort efficace. Jusqu’au jour où les Mongols, excédés, ont mis un terme à leurs activités en leur donnant systématiquement la chasse afin de les exterminer jusqu’aux derniers. Mais l’on reconnait déjà les caractéristiques des attentats suicides si fréquents de notre temps.
Ces actes fous sont, certes, commis par des fanatiques ou des illuminés, au nom de leurs principes, ou au nom de Dieu. Mais quelles qu’en soient leurs motivations, les moyens sont toujours les mêmes, semer la terreur et intimider l’adversaire de façon à le détourer de son but ou, de l’amener à déguerpir ou tout simplement de le faire disparaître.
Le terrorisme est, par excellence, l’arme des faibles, ceux qui, individus ou groupes, n’estiment n’avoir pas d’autres moyens pour se faire entendre. C’est souvent l’arme du faible au fort, le premier ne reculant devant rien pour faire reculer le second. Son arme principale est l’effet de surprise. Mais ce n’est pas toujours le cas.
Rappelons précisément la « Terreur » pendant la Révolution française qui était bien, n’en déplaise à nos amis socialistes qui se sont complu à la célébrer sous François Mitterrand-, un épisode de terrorisme d’ Etat symbolisé par la guillotine. Il a été méthodiquement appliqué par ceux qui disposaient de la force armée pour combattre leurs adversaires en situation d’infériorité . Cela été aussi le cas lors de la création d’Israël, comme on l’a vu, bien qu’il soit malséant de rappeler aujourd’hui cet épisode peu glorieux qui a marqué la naissance de l’Etat hébreux.
Comme on vient de le voir, le terrorisme peut donc être un moyen de poursuivre une certaine politique (pour paraphraser Clausewitz qui appliquait ce principe à la guerre).
De nos jours, le terrorisme s’est multiplié et modernisé. Il était sélectif. Il est devenu universel. Il était ciblé. Il est devenu aveugle. Il frappe de tous temps, en tous lieux, le plus souvent par surprise, sous les prétextes les plus divers, des plus raffinés au plus stupides. Pourquoi se développe-t-il ainsi ?

René Girard nous explique que le désir mimétique, la volonté d’imiter, et de rivaliser est le fondement de la violence chez l’homme. Incontestablement le terrorisme actuel comporte un effet d’imitation très accentué. C’est devenu une véritable mode morbide et mortifère. Sinon comment expliquer les motivations de ces hommes et ces femmes qui, les uns après les autres, entourent leur ceinture d’explosifs pour aller se faire sauter au milieu d’une foule, pour entraîner le plus grand nombre possible de personnes dans la mort ?
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Pour simplifier grossièrement, en dehors de l’Afghanistan et du Pakistan, le terrorisme intéresse principalement 4 zones, à savoir l’Europe, les Etats-Unis, l’Afrique et le Moyen Orient. Le terrorisme revêt certes des formes variées selon le lieu, avec, cependant, une constante : c’est toujours l’Islam qui est à la manœuvre, jamais le christianisme, le bouddhisme, le taoïsme ou le confucianisme. ll faut y voir sans doute un hasard de l’histoire religieuse de l’humanité . Quoi qu’il en soit, il semblerait bien qu’aujourd’hui comme autrefois, l’Islam génère la violence et l’intolérance, comme la poule pond des œufs ou le pommier produit des pommes.
En Afrique, l’Islam inspire vaguement le terrorisme local qui y trouve une justification commode. Il relève, en fait, largement du banditisme féroce hérité des guerres civiles et tribales qui ont marqué la post colonisation et le départ des Européens.
Pour l’Europe et les Etats-Unis, le terrorisme, toujours, bien entendu, animé par l’Islam, vise moins à déstabiliser des sociétés bien trop enracinées pour se laisser ébranler par quelques tueries occasionnelles vite cantonnées puis sanctionnées, qu’à « punir » les infidèles, les Occidentaux débauchés bien entendu, et notamment , les communautés juives. Celles-ci ont l’immense tort d’être fort bien intégrées. Elles servent opportunément de « boucs émissaires » à des fanatiques qui, précisément, sont incapables de s’intégrer, les malheurs des Palestiniens aux mains d’Israël ne servant que de justificatif commode. C’est l’esprit de vengeance qui domine ici, l’Islam punitif, une variété fort répandue.
Reste le Moyen Orient devenu le « terrain de jeu » par excellence du terrorisme qui y trouve toutes les raisons du monde, conflits entre Etats, entre tribus, entre clans, entre religions, de s’adonner librement à son sport favori. Il consiste à tuer des gens à coup de bombes, de kalachnikovs ou de mines, au nom d’Allah. Tous les moyens sont bons.
Un facteur dominant néanmoins est la rivalité millénaire entre l’Islam chiite, celui de l’Iran, et l’Islam sunnite, représenté par l’Arabie saoudite et une kyrielle de petits Etats secondaires ou satellites. On sait que les musulmans chiites sont fortement minoritaires, 15 % pas plus de la population de la région, contre 85 % pour les Sunnites. Le terrorisme au quotidien, faute de guerres conventionnelles trop lourdes et trop coûteuse, est devenu le moyen normal d’entretenir des relations ordinaires avec le voisin et de régler commodément les différends de frontières qui peuvent surgir.
Les deux acteurs principaux de la région, les deux « poids lourds », sont donc l’Iran et l’Arabie saoudite, l’Egypte ne jouant plus aujourd‘hui qu’un rôle plus effacé. Ce sont eux qui mènent et le jeu directement ou par groupes ou mouvements interposés.
Dans ce cadre régional, le terrain de jeu favori du terrorisme est occupé, au centre, par trois pays structurellement instables et turbulents, le Yémen, l’Irak, la Syrie ( le Liban auparavant), avec, aux extrémités du périmètre ainsi défini, la Somalie des Chébbabs et l’ Afghanistan des Talibans. L’objectif de ces mouvements terroristes est de tenter, à coup d’attentats et de massacres, de déstabiliser encore davantage des structures étatiques encore faibles et flageolantes. C’est ainsi que le Moyen Orient, 70 ans après la dernière guerre mondiale, est maintenu dans un état quasi permanent de turbulences et d’instabilité sans trêve ni repos, une espèce de chaudron infernal où peuvent mijoter à loisir tous les conflits possibles et imaginables entre ethnies, races, religions, clans, tribus et Etats.
En conséquence, faute d’Etats solides, stables et structurés capables de mettre en œuvre une bonne gouvernance, le Moyen Orient n’a pas été en mesure depuis 1945 d’instaurer un ordre étatique stable. Dans ce contexte, la religion est devenue un véritable poison culturel qui mobilise toutes les énergies des élites et les détourne de leur véritable tâche. Elle serait bien évidemment de mettre en œuvre des politiques de développement durable au profit des populations qui stagnent dans une pauvreté abjecte. Ici, l’Islam apparaît, une fois de plus, comme un obstacle culturel quasi insurmontable au progrès et à la modernité .
De ce fait, le Moyen Orient accumule au fil des années un déficit culturel qui paraît de plus en plus difficile à combler en termes d’éducation, d’apprentissage des libertés, et d’amélioration de la condition féminine. A cet égard, dans ces régions, la femme apparaît encore comme un être de statut inférieur, destiné à être mis étroitement sous tutelle dans le cadre de la famille ou de la société musulmane. La femme, et sa place dans la société, sont, en effet, considérées comme le facteur déstabilisant majeur susceptible de porter atteinte à l’équilibre des sociétés musulmanes traditionnelles. C’est notamment le cas en Afghanistan, au Pakistan et même en Egypte. Emanciper les femmes, c’est ouvrir la porte au désordre social, au dépérissement des liens familiaux voire d’attenter à l’Islam.
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A vrai dire, l’Europe ou le Moyen Orient n’ont pas l’exclusivité du terrorisme. Il est planétaire. Les pays où les touristes occidentaux peuvent se promener en toute sécurité couvrent un espace qui se rétréci d’année en année. Peu de sociétés, peu de nations échappent à ce fléau . Il frappe aussi bien la Chine avec les Ouigours que la Russie avec les Tchétchènes et maintenant l’Afrique avec Boko Haram ou la Somalie avec les Al-Chebabs .
Le terrorisme n’a souvent pas de visage. Ou plutôt , il en a plusieurs. Il en a parfois trop. Car beaucoup de ces mouvements extrémistes qui naissent et disparaissent sans cesse relèvent purement et simplement d’une démarche proche d’une anarchie meurtrière, sans objectifs politiques bien définis si ce n’est le désir morbide de tuer . C’est ce qui rend particulièrement ardue la lutte contre le terrorisme. Il n’a pas non plus toujours de territoire bien défini .C’est bien d’ailleurs l’obstacle auquel les Américains se sont heurtés, en vain, en Afghanistan où le combat opposa it une armée régulière à des guérilleros.
Ceci étant, il faut bien reconnaître que le terrorisme moderne présente bien des avantages pour les groupes qui veulent y recourir. Il est commode , bon marché et quasiment à la portée de tous, car remarquablement économe en termes de moyens. Quelques fusils d’assaut démodés, quelques kilos d’explosifs ramassés achetés pour une poignée de dollars dans n’importe quel bazar oriental (ou place Clichy) feront parfaitement l’affaire du terrorisme ordinaire. Reste à trouver les hommes. Ils ne manquent pas. Ils sont aisés à trouver parmi les centaines de milliers, voire les millions de Jeunes désœuvrés, sans emplois, sans formation ni éducation, sans perspectives qui errent dans les rues de tant de cités au Moyen Orient ou même dans les rues de nos cités frappées par le chômage.
En effet, on le rencontre aussi bien chez nous, dans nos quartiers pourtant dotés de toutes les commodités d’un pays moderne . Ici, la recette est différente. Il suffirait, semble-t-il, de motiver les candidats au terrorisme par l’apprentissage de quelques versets sommaires soi-disant tirés du Coran, dans la mosquée du coin , en prison ou sur les réseaux sociaux et l’affaire est faite. On a fabriqué quelques soldats d’Allah supplémentaires prêts à verser le sang de l’infidèle, celui qui habite juste à côté .
A l’inverse, la lutte contre le terrorisme est extraordinairement onéreuse. La guerre en Afghanistan contre les Talibans, guerre au trois quarts déjà perdue, a coûté pendant près de 10 ans, aux USA des sommes fantastiques et, fâcheusement, d’une efficacité douteuse : plusieurs trillons, plusieurs dizaines de milliards de dollars. Aux terroristes, l’opération n’a pratiquement rien coûté : le coût de quelques heures d’entrainement pour apprendre à piloter des avions gros porteurs : une modeste poignée de dollars. Et pour que résultat magnifique! La destruction des deux tours jumelles du World Trade Center et plus de 2000 morts . Comble de satisfaction, c’est l’ennemi lui-même, l’Amérique, qui a fourni les armes pour mener l’opération à bonne fin : les deux avions de l’American Airlines et de l’United Airlines . On ne peut rêver mieux. Et, en France, combien va coûter au budget de la défense nationale le stationnement de quelques 10 000 soldats dans nos rues pendant 6 mois au moins?
Quoiqu’il en soit, il est manifeste que les volontaires de la mort n’ont guère manqué que ce soit au Pakistan, en Irak ou en Libye ou récemment au Yémen ou au Kénya. Tous les motifs, mêmes les plus futiles, les plus invraisemblables, les plus incompréhensibles sont bons pour faire périr son voisin. Le terrorisme frappe ainsi sans discrimination les Chrétiens que les Musulmans ne supportent pas (en Egypte, au Pakistan et un peu partout au Moyen Orient), les Chrétiens contre les Musulmans (au Mali), les Musulmans entre eux, Sunnites contre Chiites, bref, tous individus, toutes collectivités qui ne sont pas en concordance parfaite avec la communauté dominante à laquelle appartiennent les terroristes
Il atteint, là encore sans discrimination, hommes femmes et enfants, dans les lieux de passage fréquentés, ou les lieux de rassemblement, marchés, casernes, les lieux de prières, églises ou mosquées à l’occasion, sachant bien que pour les auteurs de ces atrocités « Dieu reconnaîtra les siens » . En l’occurrence, il s’agit d’Allah. Les hommes sont toujours prompts à mettre Dieu au service de leurs crimes. Cela leur sert de justification.
Le terrorisme n’existe pratiquement plus en terres chrétiennes, après, reconnaissons- le , des siècles de sauvageries en tous genres. N’oublions pas la Saint Barthélémy et les guerres de religion qui ont ensanglanté le sol de l’Europe tout au long du 16° siècle. Là, il s’agissait, il est vrai de faire peur certes, mais aussi purement et simplement d’ éliminer les fidèles de l’autre religion, celle d’en face.
Mais aujourd’hui le terrorisme à caractère religieux est presque exclusivement le privilège des Musulmans, ou plus précisément de cette frange extrémiste désignée sous le vocable d’Islam radical. On tue au nom d’Allah plutôt qu’au nom de Dieu. Piètre satisfaction pour les victimes il est vrai. Il a frappé en France en ce début d’année, aussi en Angleterre en à Madrid précédemment.
Mais nos pays ont été épargnés, grâce au Ciel, pour l’instant de ces machines à tuer en masse que sont les voitures piégées. Là, les morts se comptent par centaines et les blessés par milliers. En revanche, on sait s’il en a été fait grand usage ailleurs, en Irak, en Syrie et maintenant au Yémen. Ce sont des procédés d’autant plus terrifiants que la parade est extrêmement difficile à mettre en œuvre, surtout dans des pays où les ressources budgétaires sont limitées, les services de renseignements rudimentaires et l’appareil policier inadéquat.
Mais, pour l’instant tout au moins, sa terre de prédilection demeure le Moyen Orient, cette zone de turbulences perpétuelles que rien ne semble devoir apaiser . Là, le terrorisme contemporain ne recule devant aucune atrocité, décapitations en série ou à « l’ancienne » ou même le bûcher comme pour ce malheureux pilote jordanien brûlé vif dans une cage de fer. C’est qu’il s’agit de « faire atroce » pour alimenter les images d’épouvante qui iront alimenter les écrans de télévision de par le monde. La télévision est devenue un instrument de choix pour le terrorisme à grand spectacle. Sa cible est évidement les téléspectateurs de nos pays qui ne rechignent pas excessivement à se faire peur devant l’écran, pour autant que le coup ne passe pas trop près.
Voilà donc les fruits amers de ce « printemps » de l’islamisme radical dont nul ne concevait qu’il puisse naître si promptement des cendres du « Printemps arabe » célébré avec bonheur voici peu par les médias extasiés du monde entier. Il est vrai qu’en termes de naïveté la presse occidentale n’a pas son pareil au monde, toujours prête à prendre ses désirs pour des réalités. Comme si les pays étrangers dans le Tiers Monde en quête de changement devaient obligatoirement s’aligner sur le modèle occidental et emprunter les mêmes cheminements que lui. Cette illusion a nourri toutes les interventions françaises et américaines en Libye, en Irak, en Afghanistan, bref un peu partout où nous avons cru bon de mettre les pieds. Aujourd’hui la Libye attaquée par Nicolas Sarkozy, inspiré par un soit- disant philosophe , – est en plein chaos. Al Qu’Aïda s’y taille une place de choix par la terreur. A quand le tour de la Syrie ?
Dès lors que faire ?
Une politique étrangère ne se bâtit pas à coups de bons sentiments ni de morale bourgeoise . Un doigt de cynisme teinté d’un soupçon de réalisme ne messied pas. Nous avons voulu combattre le terrorisme en dehors de nos frontières ? Nous l’avons importé chez nous.
Pour être réaliste il faut prendre conscience, comme les présidents occidentaux, américains ou français auraient intérêt à le faire, de la triste leçon des 30 dernières années. C’est que le meilleur rempart contre le fanatisme religieux et le terrorisme qui lui est étroitement associé sont ces tyrans laïques ou non, disparus ou toujours en place : Saddam Hussein en Irak, Kadhafi en Libye, Bachar el-Assad en Syrie . Inspirés par une bonne conscience bourgeoise inepte nourrie de nos chères valeurs et un aveuglement naïf, nous avons cru indispensable de les faire disparaître ou d’envisager de le faire. Pour mieux voir fleurir les pires atrocités sur leurs ruines. Beau travail …
Après tout, Mustapha Kemal, qui n’était pas un tendre, lorsqu’il a voulu faire de la Turquie un pays moderne, n’a rien trouvé de mieux que d’imposer la laïcité de gré ou de force, en employant la manière forte à l’occasion, si nécessaire pour éliminer ou plus précisément, cantonner un Islam à l’époque omniprésent. Et cela a marché. A l’inverse, avec Erdogan, le Premier Ministre turc actuel, l’Islamisme militant, et donc intolérant, est en passe de reconquérir le terrain perdu.
Sur le plan intérieur, la tâche n’est guère facilitée par la présence, bâtie par nous -mêmes, de communautés plus ou moins soumises à l’influence de l’Islam, et donc susceptibles à tout instant de dériver marginalement, pour des raisons circonstancielles, vers un radicalisme dangereux. Mais il est vrai que nos sociétés ne sont pas sans défense ni dépourvues de moyens techniques efficaces susceptibles d’être mis en œuvre pour contenir la menace.
Reste qu’un équilibre toujours délicat est à observer entre sécurité et liberté. Dans des cas extrêmes, il est assuré que l’opinion sera prompte à renoncer aux libertés en faveur de la sécurité, tant il est vrai qu’aucune société moderne ne peut vivre en permanence dans la crainte quotidienne d’un attentat. Les Pieds Noirs en Algérie pendant la guerre et les Israéliens de nos jours ont connu et connaissent encore ce genre de situation intolérable et difficile à vivre. Il est aisé de prêcher à autrui la morale et la modération à distance dans l’espace et dans le temps.
Sur le plan externe, l’intervention en Afghanistan est l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire. Après les Russes, les Américains s’y sont cassés les dents et les Talibans sont déjà de retour. L’exemple à suivre vient peut-être, pour une fois, de la Russie soumise au terrorisme tchétchène. La solution a consisté à mettre en place un gouvernement tchétchène musulman, parfaitement étranger à toutes nos normes habituelles de la démocratie. Il est odieux, bigot, arriéré et féroce. La condition féminine y est détestable. Mais le gouvernement de Ranzan A . Kadyran maintient, d’une poigne de fer, l’ordre interne et la paix avec la Russie. Il n’y a plus d’attentats terroristes. Le pouvoir russe ne lui en demande pas plus.
Faisons- en autant. Cessons de vouloir à tout prix implanter la démocratie et les libertés publiques et privées dans des sociétés où elles ne peuvent manifestement pas germer . Il faut pratiquer le droit de non-ingérence, l’anti- Bernard Kouchner en quelque sorte. Nous ne nous en porterons que mieux.
A cet égard, quelle bourde historique magistrale le fameux Laurence d’Arabie a commise dans les années 20 pour aller fédérer les tribus de la péninsule arabique pour les libérer de la tutelle turque ! Cet agité –le Bernard Henri Levy de l’époque- aurait bien mieux fait de les laisser tranquilles et se débrouiller toutes seules. Nous aurions aujourd’hui un Moyen Orient beaucoup plus serein et paisible.
Car, après tout, quel décret divin, quel ordonnance venue du ciel ont fait de nous les justiciers et les réformateurs de tous les pays du monde ? Devons-nous modifier, formater le monde entier à l’image de nos principes, de notre droit, de nos valeurs, de nos habitudes et de nos coutumes ? C’est ici que l’arrogance naïf de l’Occident montre son vrai visage, celui de l’innocence.
Il faut s’y résigner : le monde à l’image de l’Occident, dans ses vertus et ses faiblesses, n’est pas pour demain, n’en déplaise à Francis Fukuyama, dont le livre , « La fin de l’histoire », constitue la plus fabuleuse pitrerie intellectuelle des temps modernes. Il n’est pas étonnant qu’il ait connu un tel succès de libraire. L’esprit de l’homme éclairé est toujours friand de balivernes.

François la Chance

Yves-Marie Laulan Paris le 5 février 2015

François la Chance

Heureux François Hollande ! Il est manifestement béni par les Dieux qui peuplent l’Olympe socialiste. Jugez-en .
Voici quelques semaines, il était au plus bas dans les sondages, battant même au passage un record historique. Jamais dans l’histoire de la V° République un président de la République n’avait été aussi mal aimé de ses administrés avec autant d’opinions négatives.
Et voici que, miracle, le voici qui rebondit allègrement dans les sondages avec un gain de 20 points en quelques jours. Et passez muscade. Comment expliquer ce rétablissement prodigieux ?
C’est qu’entretemps trois sinistres canailles, des délinquants reconvertis dans le terrorisme, -cela fait plus noble-, ont accompli leur triste besogne. Les Français, peuple sensible, ont apprécié la dignité avec laquelle le président de la République a accompagné les malheureuses victimes à leurs dernières demeures en prononçant d’émouvants discours au profit des uns et des autres : la République attaquée, les victimes abattues, les policiers méritants. Personne n’a été oublié. Chacun a eu droit à son hommage présidentiel. Et le tour est joué. François s’est refait une vertu. Bravo l’artiste.
François Hollande devrait, son mandat achevé, se lancer dans une nouvelle carrière comme entrepreneur des Pompes Funèbres. Il y réussit si bien. Il est fait pour annoncer des nouvelles lugubres. Il est vrai qu’il a vraiment la tête de l’emploi, la mine digne, l’air défait, le teint couperosé parsemé de boutons, les paupières tombant mollement sur les yeux comme pour mieux dissimuler le regard. Comment Julie Gayet ne serait-il pas flattée d’accueillir dans ses draps , avec ou sans scooter, un président redevenu si populaire en si peu de temps et à peu de frais .
Car nos compatriotes, peu regardants, se sentent désormais confortés, protégés et compris. Peu importe que les chiffres du chômage, à 3,5 millions de chômeurs, aient eux aussi franchi un niveau historique ; peu importe que le déficit extérieur poursuive son chemin vers l’abîme ; peu importe que la politique économique poursuivie avec obstination contre vents et marées, en l’absence de toutes réformes, soit un fiasco spectaculaire.
Les Français, peuple à la mémoire bien fragile et à l’entendement limité, feraient pourtant bien, le moment d’émotion passé, s’interroger sur le fait que notre président socialiste, et le parti qui l’a fait élire, sont directement à l’origine du problème inextricable dans lequel la société française est se débat aujourd’hui. Car il y a bien des responsables de la situation quelque part, par exemple au gouvernement.
Voyons voir. Le terrorisme ne fleurit pas naturellement, comme des roses dans un jardin fertile. Il lui faut un milieu protecteur, un terreau accueillant dans lequel il peut s’implanter et pousser ses racines. Et ce milieu, c’est trente années d’immigration insouciante poursuivie, encouragée par le pouvoir socialiste , en dépit des avertissements multiples qui n’ont pas manqués de se faire entre tout au long de cette période .
Que n’avons pas entendu au cours de ces longues années. De quels discours, de quels sermons n’avons pas été abreuvés par la presse et les hommes politiques de gauche . La France, terre d’asile, nourrie de grands principes et gavée de bons sentiments, se devait d’accueillir tout le monde, d’où qu’ils viennent, mais, de préférence, de pays musulmans. Et c’est bien ce qui s’est passé.
Maintenant le mal est fait. Et il est rigoureusement impossible de revenir en arrière avec plus de 10 % de la population d’origine musulmane ou sous l’influence de l’Islam. Mais chut. Il ne faut pas le dire. Sinon gare. C’est le procès assuré. Il ne faut pas stigmatiser. Il ne faut pas amalgamer. C’est le nouveau « buzz », le nouveau mot d’ordre. Ah que la langue française est donc riche et belle lorsqu’il s’agit d’inventer de nouveau vocable lénifiants pour pousser des problèmes gênants sous le tapis . C’est la novlangue de la V° République socialiste.
Et l’on croit s’en tirer avec quelques mesures vaguement bricolées comme le stationnement, dans le froid, de quelques malheureux soldats plantés devant des lieux exposés et pour combien de temps. ? Et avec ça, la France sera sauvée et les terroristes terrorisés et l’islamisme radical exorcisé. De qui se moque- t-on ?
Bien plus. Les Français ne devraient-ils pas se demander comment justifier le fantastique échec de nos services de renseignements pourtant si souvent cités en exemple ? Comment expliquer que ces réseaux terroristes aient réussi à se mettre en place au nez et à la barbe notre police si vigilante ? Pourquoi avoir toléré la mise en place de dispositifs administratifs et douaniers permettant à des terroristes en herbe de quitter le territoire national , de passer en Turquie, de pénétrer dans un pays en proie à une guerre civile atroce, et de revenir tranquillement commettre quelques crimes sur le territoire national, au nom d’Allah bien sûr.
Or n’oublions pas que l’actuel Premier ministre, quelle que soit la sympathie que sa personnalité peut inspirer, a été ministre de l’Intérieur pendant des années. Pour ne pas être en reste, ne perdons pas de vue que Nicolas Sarkozy, avant d’être président de la République, a occupé le même poste. Et que dire d l’actuel et sympathique ministre de l’Intérieur Jacques Cazeneuve ? Il a certes fait preuve d’ un admirable sang-froid pendant ces évènements tragiques. Mais il n’était guère ne première ligne, tant s’en faut. Et qu’a-t-il fait pendant les deux années et plus où il a occupé ce poste ministériel ? N’était-il au courant de rien ? S’est-il préoccupé de mettre en place des mesures susceptibles de prévenir ces attentats ? Avons -nous affaire à des hommes politiques responsables de leurs actes, ou de leur omissions, ou à des potiches tout justes bonnes à inaugurer des monuments et à prononcer des allocution de condoléances aux familles de victimes..
Mais enfin qui a nommé, et sans doute imposé au gouvernement, l’incorrigible Christiane Taubira, Madame « prisons portes ouvertes », laquelle qui se proposait encore tout récemment de faire passer une loi apportant un relâchement supplémentaire à nos lois jugées trop répressives ? C’était vraiment le moment. Et Christiane Taubira est toujours en place que je sache.
Qu’ont‘ ils fait les uns et les autres pour remédier aux lacunes béantes de notre système de renseignements ? Qu’ont-ils fait par prévenir le retour de tels drames ?
Ou alors ne faut-il pas reconnaître honnêtement que le mal est fait, qu’il « n’est pas possible de mettre un gendarme devant chaque porte, comme l’avait dit tantôt un homme politique et qu’il faut s’habituer désormais à vivre dans l’attente du prochain attentat. Comme au Pakistan. On n’arrête pas le progrès.
Mais la « martingale » de François Hollande ne s’arrête pas là. Les Grecs délinquants viennent aussi miraculeusement à son secours. Ce pays endetté jusqu’au cou après des années de débauche financière, vient d’élire un gouvernement de combat avec à sa tête un premier ministre beau comme un jeune Dieu grec, digne d’une affiche de cinéma, d’extrême gauche par dessus le marché . Et allez zou. Jetons aux orties les bons principes de la rigueur financière. A bas l’austérité qui fâche l’opinion. C’est dit. On remboursera ne plus ses dettes (de façon à pouvoir recommencer demain de plus belle ).
C’est là un met qui exhale sans nul doute un fumet délicieux aux narines délicates de notre cher président. Ne plus rembourser ses dettes, et avec, en prime, la compréhension de l’Union européenne de la communauté et la bénédiction de l’Amérique. ? Mais cela intéresse bigrement le président d’une France lourdement endettée, presque autant que la Grèce.
Et Françoise Hollande, toujours charmeur, d’accueillir en sauveur et en ami le nouveau premier ministre grec porteur d’aussi bonnes promesses. Le voilà instauré dans un nouveau rôle qui lui va comme un gant, celui d’intermédiaire obligé de l’Union européenne. Décidément, François Hollande, tel un caméléon de charme, est irremplaçable dans tous ses emplois successifs.

Vladimir Poutine est-il atteint d’autisme ?

Vladimir Poutine est, selon une étude américaine, atteint d’une forme atténuée d’autisme. Ainsi s’expliquerait son regard fixe et le fait qu’il n’écoute personne. Ce n’est pas exclu.
Mais ce qu’il y a de sûr est qu’il a une idée fixe : remettre tôt ou tard la main sur l’Ukraine pour reconstituer l’Empire russe. Et c’est pourquoi n’a pas prêté la moindre attention aux propos tenus par François Hollande et Angéla au cours de leur énième toute récente mission à Moscou pour « sauver la paix ».
C’est qu’il n’a aucune raison de le faire. Ils n’ont « rien à lui vendre », sauf une vague promesse de l’atténuation, voire la suppression des fameuses sanctions », dont on a pu voir qu’elles ne servent rigoureusement à rien et que Vladimir Poutine s’en moque éperdument. Depuis le temps, l’Occident devrait savoir que les dirigeants de la Russie, comme avant ceux de l’Union soviétique auparavant, sont largement insensibles à l’argument économique. Ils traitent le niveau de vie des Russes et leurs ressources comme une espèce d’édredon capable d’absorber n’importe quel choc conjoncturel. Ils peuvent le gonfler ou comprimer à loisir, au nom du patriotisme russe, du souvenir de la grande guerre patriotique et de la lutte contre l’ennemi héréditaire, l’Amérique Et grâce à la vodka… potion magique, panacée universelle, qui permet aux Russes de tout supporter. D’ailleurs Vladimir Poutine, en fin connaisseur de l’âme russe, vient d’en abaisser le prix. Ce n’est pas un hasard.

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Poutine heureux en amour ou en affaires?

Yves-Marie Laulan                                                Paris le 19 juin 2014

 

Poutine heureux en amour ou en affaires ?

La France avait déjà connu la Mandelamania . La voici aujourd’hui plongée dans une extase similaire à propos du président russe, Vladimir  Poutine, heureusement pour ce dernier, de son vivant et non après sa mort.

A dire vrai ce culte concerne surtout les « gens de droite », voire d’extrême droite, FN en tête, et guère les gens de gauche, ceux-ci étant peu enclins aux épanchements affectifs concernant la Russie, pays qu’ils regardent  avec une certaine méfiance . Pensez donc ! Un pays où l’homosexualité n’est pas considérée comme une vertu  cardinale pour la société et la famille et où on tendance à punir davantage les criminels que les victimes. Un monde à l’envers !

Comment expliquer cette bonne presse au profit d’un leader étranger somme tout fort lointain des préoccupations politiques françaises au quotidien ?

En premier lieu, les Jeux fastueux, incontestablement réussis, de Sotchi ont atteint leur but. Ils ont, sans conteste, fortement impressionné l’opinion publique mondiale désormais convaincue d’avoir affaire à une puissance restaurée dans sa grandeur et sa stabilité.

Rappelons-nous . Que n’avait-on dit sur ces Jeux , non sans quelque malice (du côté américain) ? Qu’ils était horriblement coûteux, 50 milliards de dollars , sinon plus, ce qui est vrai . Que  cet argent aurait été mieux dépensé pour acheter des casseroles neuves ou des lessiveuses pour les ménagères russes, (enfin des investissements); ce qui est toujours vrai. Mais  l’impact  de ces achats ménagés, bien qu’incontestablement utiles,  sur les médias mondiaux aurait été probablement plus modeste. On  a aussi avancé qu’il y avait un risque sérieux d’ attentats terroristes. Or pas un acte criminel n’est venu perturber le bon déroulement de cette manifestation sportive. Pari gagné donc pour W. Poutine.

Au surplus  l’homme a de quoi séduire par son   charme personnel. Poutine porte beau , comme on disait autrefois des « Lions  de salon »  au XIX° siècle. Il faut bien reconnaître, même si  notre orgueil national devait en souffrir, que son visage  viril l’emporte largement sur la face molle et rougeaude, tavelée de verrues du président français. Au surplus,  le kimono ceinturé  d’une ceinture noire de judo, le président russe a fière allure, comme d’ailleurs torse nu et bronzé à cheval sur un étalon blanc comme on l’a vu de temps à autre.. Apparemment l’entraînement sportif sur les tatamis  du KGB vaut largement celui des moquettes de la rue Solférino . L’homme sait soigner son image  et doit faire rêver bien  des Natachas russes, très sentimentales comme chacun sait, tout  comme des Françaises sans doute, sinon l’entourage masculin de Marine Le Pen….

Mais il y a plus. Rappelons-nous l’adage  bien connu : « les  ennemis de mes ennemis  sont mes amis ». Car Poutine incarne à ravir tout ce que la droite déteste cordialement, et non sans quelques raisons, dans la France socialiste d’aujourd’hui veule, molle, avachie, déboussolée, accumulant les déboires et totalement   incapable  de gouverner convenablement le pays.

Or Poutine a su très habilement capter à son profit le renouveau de l’église orthodoxe en Russie qui connait une renaissance remarquable après des années d’oppression sous Staline. Pendant ce temps, notre Jacques Chirac, en bon laïcard  bien obtus, -resté fidèle aux mânes du petit Père Combes de 1905-, refusait d’inscrire les racines chrétiennes de l’Europe dans la Constitution de l’Europe. En outre, dans une Europe en pleine débandade identitaire où les valeurs morales sont à la dérive, patriotisme au premier chef, la vision d’un homme d’ Etat qui célèbre la grandeur de son pays et des valeurs traditionnelles a quelque chose de fortement tonique.

Par ailleurs, Poutine est un maître de la gouvernance autoritaire de son pays . C’est le despote éclairé dans toute sa splendeur, celui dont aurait pu rêver Voltaire (qui  appréciait, on le sait, l’hospitalité fastueuse de Frédéric II de Prusse au château du Sous Souci) .

Certes, les bonnes âmes scrupuleuses imbibées du respect des principes démocratiques gémiront devant  la façon quelque peu cavalière, voire carrément désinvolte dont Poutine  interprète l’alternance démocratique au pouvoir. La démocratie « à la russe » ressemble fort en  effet à une comédie de boulevard  avec deux  personnages, Vladimir Poutine et le gentil Dmitri Medvedev qui jouent aimablement  au « culbuto »[1] tous les cinq ans, l’un remplaçant  l’autre  à la tête du pays. Mais    toujours le même, à savoir l’actuel président, conservant bien entendu l’intégralité du  pouvoir, qu’il soit Président ou Premier ministre. Et ce petit jeu dure depuis une bonne quinzaine d’années.

Mais, après tout, si les Russes s’en déclarent satisfaits, c’est leur affaire. Devrions-nous nous déclarer plus royalistes que le roi ? Et d’ailleurs la démocratie en France est-elle vraiment respectée avec un parti, le FN, lequel obtient régulièrement plus de 25 % des suffrages à chaque consultation électorale mais pas plus deux députés à l’Assemblée nationale ? Alors, autant balayer devant notre pas de porte avant d’aller scruter la paille dans  l’œil du voisin.

***

Il faut dire aussi que Poutine est remarquablement avisé quand il s’agit de flatter l’opinion publique et notamment celle de ses amis de droite. La Voix de la Russie, organisme de propagande  patenté, fait sans vergogne de la publicité en faveur de la Russie et   influence une partie non négligeable du public français.

Bien mieux, Marine Le Pen a été reçue comme un chef d’Etat à Moscou ce qui n’a pas dû peu flatter l’orgueil d‘un leader politique en  peu accoutumé à recevoir tant  d’égards  dans son propre pays [2].

En contraste, le malheureux Obama, le président américain, a fait bénéficier le président François Hollande d’une réception à grand spectacle à Washington, allant même jusqu’à lui accorder le rare privilège de s’adresser publiquement au Congrès américain, Sénat et Chambre réunis. S’agissant d’un leader plutôt minable et proprement décrié dans  son propre pays, cet hommage appuyé a été perçu au mieux comme une maladresse  incongrue voire même déplacée, preuve supplémentaire de la capacité de notre grand voisin et ami  américain à accumuler les gaffes diplomatiques.

A cela s’ajoute le fait qu’une partie non négligeable de l’opinion publique en France conserve, au  plus profond  de son inconscient, une sorte de rancœur  à l’encontre de l’Oncle Sam en général et  des « Anglo-saxons » en particulier, Ils sont , en effet, perçus, telle naguères la « perfide Albion », comme l’ennemi héréditaire de notre pays, de Jeanne d’Arc à Fachoda. Le fastes de la célébration du Débarquement en Normande n’ont fait qu’effleurer, sans le faire disparaître  le ressentiment profond qu’éprouvent encore aujourd’hui beaucoup de Français à l’encontre des Américains jugés trop riches, trop envahissants, trop puissants, bref, trop américains. Ce qui n’empêche nullement les jeunes Français de copier servilement toutes les modes venus d’Outre Atlantique . Quand même.

La Russie de W. Poutine offre donc  un contrepoids bienvenu au vieux  ressentiment français, ne serait-ce que parce que la présence russe en France demeure remarquablement discrète, en dépit des exploits des maffias russes sur le Côte d’Azur.

***

Ceci étant, ce tableau idyllique comporte quand même des zones d’ombre. Dans leur enthousiasme les thuriféraires de Poutine sont allés jusqu’à célébrer comme un triomphe l’accord gazier conclu entre la Chine et la Russie portant sur la livraison pendant 30 ans  de 400 milliards de m3. Cet accord a été interprété  comme un pied de nez à l’Europe, pour la punir de ses états d’âme sur l’Ukraine,  et un bras d’honneur à l’Amérique,  et au dollar américain  dont on annonce le déclin inévitable (depuis 60 ans quand même). Mais là il faut se demander si Poutine le géopoliticien sagace, n’a pas fait une fort mauvaise affaire au détriment de Poutine, l’économiste amateur.

Sur le papier l’affaire parait très satisfaisant.   Dans la réalité, le tableau est peut-être moins plaisant. Il semblerait, en premier lieu,  que la Russie ait dû accepter une forte décote sur le prix, fixé, en principe, à 350 dollars le baril en équivalent pétrole, mais probablement sensiblement  en dessous du prix de marché.

Au surplus,  ces livraisons seront payables en yuans et non en dollars comme il est de coutume en matière de commerce d‘ hydrocarbures. Mais cela signifie que la Russie, qu’elle le veuille ou non, devra acheter pendant 30 longues années des produits chinois au prix convenu dans l’accord gazier. Et cela quelles que soient les fluctuations du yuan dont on sait qu’il a tendance à valser, toujours à la baisse, au gré des autorités chinoises et de la conjoncture économique de la Chine.

Au total ,  les Russes seront littéralement pieds et poings liés, prisonniers de leurs acheteurs chinois. Cela rappelle étrangement la fameuse fable de Don Juan et de son tailleur. En  premier lieu, pas question de se livrer avec un partenaire aussi redoutable au petit jeu favori de Gazprom : « je livre, je livre plus, je change le prix en cours de contrat, je réduis les approvisionnements » etc etc. La Russie a pu se livrer sans risques à ce petit jeu délicieux avec la malheureuse Ukraine . Mais  avec la Chine, pas question . Ou gare à la casse.

Par ailleurs , avec le gaz de schiste, les experts nous disent que le prix du gaz naturel est inévitablement à baisser. Les Chinois vont- ils accepter de bon cœur de surpayer le gaz naturel russe pendant 30 ans ? Cette mansuétude chinoise serait bien surprenante.

Et puis qu’importer en masse de la Chine sur des volumes aussi colossaux ? Des tee-shirts en coton , des jouets pour enfants ou du riz bio ? Ce retour au bilatéralisme commercial après  des décennies de multilatéralisme est un retour en arrière commercial comportant bien des inconvénients comme les Russe vont en faire surement l’expérience.

Il faut voir dans cette affaire le dédain du géopoliticien amateur de « coups » au détriment de l’optimum économique. Ce ne serait pas la première fois dans l’histoire de la Russie.

Au-delà de ce marché qui sera peut-être un « marché de dupes » du siècle, il faut se demander si ce rapprochement avec la Chine célébré à grand spectacle ne comporte pas des dangers dont le leader russe n’est peut-être pas très conscient. Comme le dit si bien l’adage bien connu,  « lorsqu’on déjeune avec le diable, il faut se munir d’une longue cuillère ». Car, pour la Russie, le danger stratégique à long terme est bien  la Chine  voisine, et non la lointaine Amérique.

Car Il ne fait guère de doute qu’après avoir digéré le Tibet, ce à quoi s‘affaire la Chine pour le moment, c’est vers la Sibérie que va se tourner inévitablement le regard des  Chinois en quête de nouveaux territoires à avaler. Ici la rivalité entre ces deux puissances est inscrite dans leur géographie. D’ailleurs une colonisation sournoise de la Sibérie par des colons chinois est déjà en cours, si l’on en croit certains témoignages. Jusqu’où cette invasion démographique ira-t-elle. ? L’avenir nous le dira.

En attendant, Poutine ferait bien de ne pas se satisfaire de « victoire »éphémère sur le rival américain. Peut-être  se trompe-t-il de guerre et d’adversaire, comme Staline en 1938[3]. A long terme Poutine serait-il  un si bon stratège que cela ?



[1] Jeu d’enfant divertissant où le jouet retombe toujours en place quel que soit la façon dont il tombe.

[2] Il est vrai que Gérard Depardieu en a reçu autant, ce qui est moins flatteur

[3] Il est fait évidemment ici au trop fameux pacte Molotov-Ribbentrop de 1938 qui a précédé de quelques années seulement  l’invasion de l’Union soviétique  par les troupes du Reich.

Attentats : une marche pour rien?

Ils mangèrent du raison vert et leurs enfants ont eu les dents agacées

Comme le disait tantôt suavement l’ineffable Edouard Balladur, « il ne faut pas bouder son plaisir ». Ne boudons donc pas notre plaisir de voir la France, pour une fois, rassemblée dans une marche « historique » -comme on dit aujourd’hui à tout propos- contre le terrorisme islamique ; une Assemblée nationale entonnant tous partis confondus la Marseillaise, une première depuis près de 100 ans ; un président de la République enfin dans son rôle à la tête de l’Etat ; et un Premier Ministre qui a trouvé, lui, des accents de Chef de l’Etat.
Mais il faut se demander si nous ne sommes pas une fois de plus en train de céder à l’ivresse des mots et à l’euphorie d’une cohésion nationale miraculeusement retrouvée. Or c’est précisément là que le bât blesse. Car la France reste coupée en deux. Ne nous voilons pas les yeux comme on le fait à plaisir depuis 30 ans. Le fond de l’affaire est que le terrorisme est l’enfant légitime, ou le sous-produit, d’une immigration forcenée à majorité musulmane. Cette immigration a créé les conditions idéales pour l’implantation du terrorisme sur le territoire national. Mais, hélas, au-delà du problème du terrorisme, les conséquences réelles pour notre pays en sont infiniment plus graves. Il s’agit tout simplement de notre identité nationale. A cet égard, deux livres récents à succès annoncent la fin de notre pays comme nous l’avons fait nous même sans relâche et sans aucun succès, depuis près de 30 ans. L’immigration, voilà l’ennemi.

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La problématique de Wladimir Poutine

Avec l’entrée en récession Yves Marie Laulan Paris le 22 novembre 2014
La problématique de Wladimir Poutine
de la Russie, Wladimir Poutine est aujourd’hui confronté à une crise systémique dont il ne faut pas se dissimuler la gravité. Les troubles qu’il entretient plus ou moins ouvertement dans le Sud-Est de l’Ukraine en espérant y trouver un dérivatif ou un palliatif pour les difficultés propres à la Russie, en sont une des manifestations. Considérée sous cet angle, la démarche de Wladimir Poutine et parfaitement logique et rationnelle. Elle se justifie en termes d’ d’économie de moyens et de ressources.
Les années euphoriques
Pendant une quinzaine d’années, à la suite de l’effondrement de l’empire soviétique et du de chaos de la période de Boris Eltsine, parvenu au pouvoir pour donner un nouveau souffle à la Russie, Wladimir Poutine semblait bénéficier d’excellentes chances de réussir dans son entreprise.
Mais, depuis les Jeux de Sotchi, qui devaient affirmer aux yeux du monde « que la Russie était de retour », cette tentative de redressement commence à donner des signes de faiblesse et même à marquer le pas.
Au départ, avec une bonne tenue des prix du pétrole et une croissance moyenne à 5 % l’an pendant une quinzaine d’années, les objectifs de l’entreprise de restauration lancée par le nouveau maître de la Russie paraissaient raisonnablement accessibles.
Ce dernier s’était, en effet, assigné un triple but . Il fallait :
– restaurer les zones d’influence situées auparavant dans le périmètre de l’ancien empire soviétique, dont la pièce maitresse devait être l’Ukraine ,
– rétablir l’audience de la Russie dans un certain nombre de pays voisins qui s’étaient affranchis de l’influence russe, pays Baltes, Bulgarie, Géorgie, Moldavie, Pologne, Arménie, Azerbaïdjan, Kurdistan dont certains n’avaient pas hésité à devenir membres de l’OTAN ou de l’Union européenne ou à solliciter leur adhésion,
-viser enfin à faire un jour jeu égal avec l’ Amérique, ce rival détesté, dont il redeviendrait possible de contester la prééminence en Europe ou dans l’espace.
Or il apparait aujourd’hui que la mise en œuvre de ce programme ambitieux se heurte à des obstacles difficilement surmontables.
En premier lieu la Russie de Poutine ne fait plus vraiment peur. Ce n’est plus une puissance mondiale. La Russie a été ramenée au rang d’une puissance purement régionale. Ce qui inflige une terrible blessure difficilement cicatrisable à l’orgueil national.
Elle ne pèse plus, et de loin, autant que les Etats-Unis et même que la Chine, sur différents plans, militaires, économiques, démographiques ou géopolitiques. Rattraper les USA est clairement devenu un rêve chimérique. Difficile pour la Russie dans ces conditions d’impressionner les pays voisins afin de les ramener sa zone d’influence.
Signe qui ne trompe guère, le pays qui, le premier au monde, avait réussi à mettre Youri Gagarine en orbite autour de la terre, est largement absent de l’exploration de l’espace qui est désormais abandonné aux Américains et même aux Européens.
Comme un malheur ne vient jamais seul, un nouvel acteur de taille imposante est apparu sur la scène géopolitique. Il s’agit de la Chine, dont la Russie ne distingue pas encore clairement s’il y a là un allié et partenaire, comme du temps de l’URSS, ou un redoutable rival potentiel. Quoiqu’il en soit le jeu mondial ne se fera plus avec deux acteurs , en termes bipolaires, mais à trois. Ce qui complique singulièrement la scène géostratégique et les hypothèses de scénarios.
Le feu de paille des Jeux de Sotchi
En fin de compte, les Jeux de Sotchi n’auront été qu’un brillant épisode sans lendemain. Ils auront coûté , rappelons-le, très cher pour un pays dont les ressources sont limités : plus de 50 milliards de dollars au moins .
Or peu de monde les gardent encore en mémoire aujourd’hui. Fait plus grave, ils n’auront pas servi à grand-chose. Ce sont des investissements de prestige largement dépensés en pure perte. Ils n’ont guère rapporté de dividendes. Car on imagine mal les Suisses, les Français ou les Allemands, déserter les stations modernes et ultra confortables des Alpes toutes proches, pour aller passer leurs séjours au ski au loin, dans un pays mal connu, dans des installations rustiques au confort rudimentaire .
Il serait sans doute possible de compter sur le tourisme autochtone. Mais les vacanciers russes ne sont pas suffisamment nombreux ou fortunés pour financer un fonctionnement rentable d’une station de prestige. D’autant plus que ceux qui disposent de revenus élevés, par exemple le oligarques et , leurs familles et leurs proche, préfèrent souvent aller passer leurs séjours au ski dans les stations chics en Suisse en France ou en Autriche plutôt que dans ma mère patrie..
Il en ressort que Wladimir Poutine a consenti un investissement de prestige énormément coûteux et largement inutile au moment précis où, hasard du calendrier, les ressources de la Russie viennent à se tarir sensiblement.
Des faiblesses récentes
Les difficultés présentes de la Russie tiennent essentiellement à une pénurie de ressources et aussi sans doute à des erreurs de stratégie.
Pendant plus d’une dizaine d’années, les cours du pétrole n’avaient cessé de d’être orientés à la hausse. Or on sait que la Russie tire plus de la moitié de ses exportations du pétrole et du gaz naturel. Ces ventes financent également la moitié de son budget.
Le malheur veut que cette structure des ventes à l’étranger est très caractéristique de celle d’un pays semi développé, de type africain. C’est une prospérité plus ou moins fragile car très dépendante de la conjoncture à l’étranger. Que les cours fléchissent et voilà le budget et la balance commerciale gravement déséquilibrés. Et c’est bien ce qui s’est passé depuis le début de l’année.
Comme un malheur ne vient jamais seul, les sanctions occidentales mises pour punir la Russie de ses fâcheux agissements en Ukraine commencent à se faire fortement sentir leurs effets. On parle de 100 à 130 milliards de dollars qui ont fui la Russie pour aller chercher la sécurité et un rendement meilleur à l’étranger. Le rouble a perdu en conséquence près d’un tiers de sa valeur depuis le début de l’année. Les Bourses russes subissent également le contrecoup de cette conjoncture et sont orientées à la baisse. L’inflation enfin frôle 8 %.
Un peu naïvement Wladimir Poutine a cru pouvoir se tourner dans l’instant vers la Chine pour compenser le manque à gagner résultant des sanctions imposées par les pays occidentaux alliés. Mais qui ne voit que ce fameux contrat de 500 milliards de yuans signé à la hâte pour « punir » l’Occident est très largement de la poudre aux yeux à l’usage de l’opinion publique tant à l’intérieur qu’ à l’extérieur de la Russie. Car ce contrat n’existe encore que sur le papier et ses effets bénéfiques ne se feront sentir au mieux que dans une échéance lointaine.
Au demeurant les Chinois, on le sait, ne sont pas des tendres en affaires. La Russie risque fort de sortir perdante de ce contrat. Wladimir Poutine ancien officier du KGB, n’a pas tout à fait compris que l’on ne gère pas une économie et les échanges à l’étranger sur un coup de tête politique comme c’était le cas au bon temps de l’Union soviétique et de l’économie de commandement
De ce fait, l’augmentation de 30 % du budget militaire russe escomptée devient une vraie gageure. Or, le matériel militaire, qui date du temps de l’URSS est certes très abondant. Mais il est mal entretenu et largement démodé.
Sans compter que l’armée russe, trop nombreuse et mal entraînée, n’a guère de capacités opérationnelles. L’accident stupide dans un aéroport de Moscou qui a coûté la vie à Christophe de Margerie est là pour nous rappeler que ce terrible problème de la vodka perturbe tous les secteurs de l’économie, transports aériens y compris mais aussi le secteur de la défense
Des perspectives à terme peu prometteuses
Le malheur veut que les perspectives à terme de la Russie ne sont guère plus brillantes. Disons-le clairement la Russie d’aujourd’hui est un colosse aux pieds d’argile ». Avec le « fracking » et la découverte de nouveaux gisements, sans compter les économies considérables à venir sur la consommation d’hydrocarbures, notamment dans le domaine des transports, le prix de hydrocarbures, pétrole et du gaz naturel va inévitablement s’orienter à long terme à la baisse.
Les conséquences à terme pour les producteurs de pétrole, Russie comprise, qui ont si longtemps exercé une domination sans partage sur les pays consommateurs seront peu à peu réduits à la portion congrue. Ils devront réviser sévèrement à la baisse leurs dépenses budgétaires et leurs programmes de d’investissement excessivement ambitieux.
Au surplus, la démographie de la Russie présente depuis longtemps des signes de faiblesse structurelle inquiétante avec une fécondité qui tarde à remonter à un niveau satisfaisant malgré les efforts tardifs du gouvernement russe pour la redresser . La population russe, qui tourne aujourd’hui autour de 140 millions de personnes, risque fort, sur la base des tendances actuelles, de perdre du terrain. Certains prévisionnistes n’hésitent pas à la voir s’orienter progressivement vers 110 millions.
Bien plus, l’état sanitaire de la population est loin d’être satisfaisant avec une espérance de vie anormalement faible pour un pays, en principe, développé .L’abus d’alcool y contribue largement avec un taux de mortalité étonnamment élevé (accidents, violences, maladies).
La situation inquiétante de la démographie russe posera certainement à terme un grave problème politique. Car comment tenir durablement et sans de dangereuses frictions un territoire national aussi gigantesque, le plus étendu au monde, alors même que les Chinois toujours à l’étroit sur leur territoire commencent à s’implanter discrètement dans une partie de la Sibérie ?
Comment Wladimir Poutine peut-il contourner le problème de l’insuffisance de ressources ?
En l’absence de mécanismes de renouvellement démocratique, comme dans les pays occidentaux un dirigeant autocratique comme le président Poutine qui veut se maintenir durablement aux commandes du pays, ne peut jouer que sur deux tableaux.
Le premier consiste à faire du développement et de la croissance une priorité nationale de façon de procurer des satisfactions sensibles aux populations locales avec une amélioration rapide de leur niveau de vie.
Cette démarche aurait donc pour objectif, à l’exclusion de tout autre, d’améliorer le niveau de vie des Russes avec le développement des transports urbains, des logements, de la santé, des retraites des personnes âgées, bref, tout ce dont beaucoup de Russes manquent encore sensiblement. Une telle politique ne manquerait pas, à terme, de faire de la Russie une nation capable de rivaliser avec n’importe quel pays occidental développé.
Mais, pour cela, il faudrait des ressources considérables, et disponibles sur la longue durée. Or ces ressources, la Russie ne les a plus et il ne semble guère probable qu’elle puisse en disposer suffisamment à l’avenir.
L’autre politique, celle que le président Poutine a apparemment adoptée, faute de mieux, est de flatter le nationalisme russe, toujours prêt à faire surface, en mettant en scène de temps à autre de grandes démonstrations de puissance militaire grâce à de vastes manœuvres militaires, le tout épicé par quelque coup de poker heureux comme l’annexion de la Crimée.
Un procédé du même ordre consiste à rappeler à tout propos que la Russie reste une puissance nucléaire redoutable qu’il convient de prendre très au sérieux (à l’exemple de Kim Jong-Un en Asie du Sud-Est).
Dans le même esprit Wladimir Poutine s’est ingénié à entretenir soigneusement l’abcès de fixation de l’Ukraine. Et pour cela il s’est attaché à créer sans cesse des difficultés à ce pays frère, mais ingrat, qui a refusé de revenir dans le giron de la Russie. Poutine a donc entrepris, sans aucun scrupules, de fournir sous-main hommes et armes aux « séparatistes » du Donbass au mépris du droit international .
En d’autres termes, l’abcès de fixation de l’Ukraine est le moyen commode et peu coûteux choisi pour l’instant par Wladimir Poutine pour détourner l’attention de l’opinion publique russe des difficultés internes préoccupantes dont il est difficile d’entrevoir la solution.
Autre avantage, cette politique permet de maintenir l’Occident aisément effarouché sur le qui-vive et dans une incertitude permanente sur les intentions du Kremlin.
Cette démarche est d’autant plus confortable et dépourvue de risque que ni l’Europe ni l’Amérique ne songent moindrement à engager un bras de fer pouvant déboucher sur une confrontation militaire quelconque avec la Russie. Poutine a donc un boulevard grand ouvert devant lui pour se livrer à une intimidation militaro-politique sans aucune retenue. Il est bien naturel qu’il en profite.
La perspective de déclencher une « nouvelle Guerre tiède » ne le gêne nullement, bien au contraire. Car cela permet de faire vibrer une fois de plus la fibre nationaliste russe et de rassembler autour du maître du Kremlin une population mal informée et aisément abusée par une propagande habile.
Ceci étant cette politique de confrontation présente quand même un inconvénient majeur en raison des sanctions adoptées par les pays alliés , lesquelles ne manquent pas de miner le redressement de la Russie.
La Russie vers une impasse ?
Où cette politique peut-elle mener la Russie ? Après l’effondrement de 1991 lors de la période Gorbatchov/Elstine, on avait un moment pu espérer que la Russie se rapprocherait progressivement de l’Occident, qu’elle adopterait un système politique plus ou moins proche de nos institutions démocratiques et un comportement orienté vers la coopération et non une confrontation permanente.
Dès lors il était permis d’ entrevoir l’adoption sur le plan interne d’un modèle démocratique caractérisé par l’ alternance au pouvoir de responsables politiques reflétant les fluctuations de l’opinion, un respect accru de la liberté d’expression et de la presse de façon à éliminer l’arbitraire politique et judiciaire.
Sur le plan externe la Russie se serait engagée à renoncera à l’usage de la force ou du recours à l’intimidation au profit de la négociation entre partenaires et du respect du droit international
Il est clair qu’aujourd’hui Poutine a choisi pour l’instant le parti radicalement inverse. La Russie ne se rapproche pas de l’Occident. Bien au contraire, elle s’en éloigne à grands pas chaque jour davantage. Poutine a choisi de faire de la Russie une nation fière certes, mais revêche et maussade prompte à faire usage de la force ou de la menace de la force. L’annexion sans façons de la Crimée et les troubles en Ukraine en sont la démonstration.
La Russie, comme d’ailleurs de tradition dans son histoire, demeure profondément méfiante de ses voisins et de l’Occident en général considéré comme systématiquement hostile. En conséquence, comme au bon temps de l’Union soviétique, cette Russie voulue par Poutine reste largement drapée dans son splendide isolement.
Sur le pan interne le modèle démocratique occidental a été définitivement jeté aux orties. Le jeu politique en Russie est une mascarade qui évoque plus le jeu du « culbuto » que l’alternance démocratique en vigueur à l’Ouest. Wladimir Poutine et Dmitri Medvedev se succèdent en bons compères tous les 5 ans comme Premier ministre ou Président. Mais la réalité du pouvoir appartient bien entendu à Poutine, Medvedev jouant avec soumission le rôle ingrat qui lui a été dévolu, celui d’un homme de paille.
Quant aux libertés publiques et privés, si elles ne sont pas totalement confisquées, elles sont cependant très étroitement contrôlées de façon à ne gêner en aucune façon les hommes au pouvoir.
En dépit de ces handicaps, il est remarquable d’observer que la Russie a réussi fort habillement à tisser des réseaux de soutien solides et actifs, sous forme de « lobbys » pro russes dans nombre de pays européens notamment en France. Il serait bien surprenant que cette politique d’endoctrinement subtil ne porte pas ses fruits tôt ou tard sur le plan politique.
Ceci étant la politique menée par Wladimir Poutine avec constance risque néanmoins de mener la Russie dans une impasse dont il lui sera difficile de se dégager.
Comme le rappelait opportunément en des temps plus anciens Talleyrand , « on peut tout faire avec des baïonnettes , sauf s’assoir dessus ».
Mais, pour l’instant, l’heure est au défi et nullement à la conciliation. Alors que tous les voyants sont au rouge, Wladimir Poutine se raidit sur ses positions. Il est bien conscient de son échec qui est patent. Mais il refuse bien évidemment d’en endosser la moindre responsabilité. Car, dans un système autocratique dépourvu de mécanismes de renouvellement de type démocratique, cette reconnaissance lui coûterait à coup sûr son poste.
Il est donc tellement plus commode pour lui d’en rendre responsable un Occident jugé systématiquement hostile à la Russie. Il est malheureusement fort probable qu’un tel discours, volontiers agressif et irresponsable, trouvera sans aucun doute des oreilles attentives en Russie et mais aussi à l’extérieur de ses frontières. Décidément la détente n’est pas pour demain.

Requiem pour Vladimir Poutine

Malheureux Vladimir ! Quand il est allé aimablement participer au dernier G20 en Australie, en novembre dernier, savez-vous ce que le Premier Ministre australien, ce grossier personnage, n’a rien trouvé de mieux à lui dire en guise de bienvenue : « Je vous serre la main (sous-entendu, parce que je ne peux pas faire autrement), mais il faudrait cesser de menacer l’Ukraine ». Oser dire cela au représentant de la première puissance mondiale (enfin après l’Amérique, la Chine, l’Europe, l’Inde, le Japon, le Lichtenstein et bien d’autres). Mais quel toupet !

Et les reproches de pleuvoir de tous côtés tout au long de la session à telle enseigne que Poutine n’a eu d’autre ressources que de s’enfuir précipitamment de cette maudite réunion, comme un cancre chassé de la classe, sans que personne ne lui serre la main, sauf les policiers casqués de service chargés d’assurer sa sécurité. Et encore ces derniers n’avaient-ils guère le choix, étant précisément en service. On en avait le cœur serré pour lui.

L’Ukraine, toujours l’Ukraine, c’est assommant à la fin. Alors qu’il y a tellement de choses bien plus intéressantes à évoquer comme les ballets du Bolchoï ou les exportations de vodka, les poupées russes ou les ventes de peaux de castor etc. etc. Mais voilà. C’est comme ça. Les Occidentaux, dont on sait qu’ils veulent la perte de la Russie, depuis toujours, ne pensent qu’à ça. Pas de chance.

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