La problématique de Wladimir Poutine

Avec l’entrée en récession Yves Marie Laulan Paris le 22 novembre 2014
La problématique de Wladimir Poutine
de la Russie, Wladimir Poutine est aujourd’hui confronté à une crise systémique dont il ne faut pas se dissimuler la gravité. Les troubles qu’il entretient plus ou moins ouvertement dans le Sud-Est de l’Ukraine en espérant y trouver un dérivatif ou un palliatif pour les difficultés propres à la Russie, en sont une des manifestations. Considérée sous cet angle, la démarche de Wladimir Poutine et parfaitement logique et rationnelle. Elle se justifie en termes d’ d’économie de moyens et de ressources.
Les années euphoriques
Pendant une quinzaine d’années, à la suite de l’effondrement de l’empire soviétique et du de chaos de la période de Boris Eltsine, parvenu au pouvoir pour donner un nouveau souffle à la Russie, Wladimir Poutine semblait bénéficier d’excellentes chances de réussir dans son entreprise.
Mais, depuis les Jeux de Sotchi, qui devaient affirmer aux yeux du monde « que la Russie était de retour », cette tentative de redressement commence à donner des signes de faiblesse et même à marquer le pas.
Au départ, avec une bonne tenue des prix du pétrole et une croissance moyenne à 5 % l’an pendant une quinzaine d’années, les objectifs de l’entreprise de restauration lancée par le nouveau maître de la Russie paraissaient raisonnablement accessibles.
Ce dernier s’était, en effet, assigné un triple but . Il fallait :
- restaurer les zones d’influence situées auparavant dans le périmètre de l’ancien empire soviétique, dont la pièce maitresse devait être l’Ukraine ,
- rétablir l’audience de la Russie dans un certain nombre de pays voisins qui s’étaient affranchis de l’influence russe, pays Baltes, Bulgarie, Géorgie, Moldavie, Pologne, Arménie, Azerbaïdjan, Kurdistan dont certains n’avaient pas hésité à devenir membres de l’OTAN ou de l’Union européenne ou à solliciter leur adhésion,
-viser enfin à faire un jour jeu égal avec l’ Amérique, ce rival détesté, dont il redeviendrait possible de contester la prééminence en Europe ou dans l’espace.
Or il apparait aujourd’hui que la mise en œuvre de ce programme ambitieux se heurte à des obstacles difficilement surmontables.
En premier lieu la Russie de Poutine ne fait plus vraiment peur. Ce n’est plus une puissance mondiale. La Russie a été ramenée au rang d’une puissance purement régionale. Ce qui inflige une terrible blessure difficilement cicatrisable à l’orgueil national.
Elle ne pèse plus, et de loin, autant que les Etats-Unis et même que la Chine, sur différents plans, militaires, économiques, démographiques ou géopolitiques. Rattraper les USA est clairement devenu un rêve chimérique. Difficile pour la Russie dans ces conditions d’impressionner les pays voisins afin de les ramener sa zone d’influence.
Signe qui ne trompe guère, le pays qui, le premier au monde, avait réussi à mettre Youri Gagarine en orbite autour de la terre, est largement absent de l’exploration de l’espace qui est désormais abandonné aux Américains et même aux Européens.
Comme un malheur ne vient jamais seul, un nouvel acteur de taille imposante est apparu sur la scène géopolitique. Il s’agit de la Chine, dont la Russie ne distingue pas encore clairement s’il y a là un allié et partenaire, comme du temps de l’URSS, ou un redoutable rival potentiel. Quoiqu’il en soit le jeu mondial ne se fera plus avec deux acteurs , en termes bipolaires, mais à trois. Ce qui complique singulièrement la scène géostratégique et les hypothèses de scénarios.
Le feu de paille des Jeux de Sotchi
En fin de compte, les Jeux de Sotchi n’auront été qu’un brillant épisode sans lendemain. Ils auront coûté , rappelons-le, très cher pour un pays dont les ressources sont limités : plus de 50 milliards de dollars au moins .
Or peu de monde les gardent encore en mémoire aujourd’hui. Fait plus grave, ils n’auront pas servi à grand-chose. Ce sont des investissements de prestige largement dépensés en pure perte. Ils n’ont guère rapporté de dividendes. Car on imagine mal les Suisses, les Français ou les Allemands, déserter les stations modernes et ultra confortables des Alpes toutes proches, pour aller passer leurs séjours au ski au loin, dans un pays mal connu, dans des installations rustiques au confort rudimentaire .
Il serait sans doute possible de compter sur le tourisme autochtone. Mais les vacanciers russes ne sont pas suffisamment nombreux ou fortunés pour financer un fonctionnement rentable d’une station de prestige. D’autant plus que ceux qui disposent de revenus élevés, par exemple le oligarques et , leurs familles et leurs proche, préfèrent souvent aller passer leurs séjours au ski dans les stations chics en Suisse en France ou en Autriche plutôt que dans ma mère patrie..
Il en ressort que Wladimir Poutine a consenti un investissement de prestige énormément coûteux et largement inutile au moment précis où, hasard du calendrier, les ressources de la Russie viennent à se tarir sensiblement.
Des faiblesses récentes
Les difficultés présentes de la Russie tiennent essentiellement à une pénurie de ressources et aussi sans doute à des erreurs de stratégie.
Pendant plus d’une dizaine d’années, les cours du pétrole n’avaient cessé de d’être orientés à la hausse. Or on sait que la Russie tire plus de la moitié de ses exportations du pétrole et du gaz naturel. Ces ventes financent également la moitié de son budget.
Le malheur veut que cette structure des ventes à l’étranger est très caractéristique de celle d’un pays semi développé, de type africain. C’est une prospérité plus ou moins fragile car très dépendante de la conjoncture à l’étranger. Que les cours fléchissent et voilà le budget et la balance commerciale gravement déséquilibrés. Et c’est bien ce qui s’est passé depuis le début de l’année.
Comme un malheur ne vient jamais seul, les sanctions occidentales mises pour punir la Russie de ses fâcheux agissements en Ukraine commencent à se faire fortement sentir leurs effets. On parle de 100 à 130 milliards de dollars qui ont fui la Russie pour aller chercher la sécurité et un rendement meilleur à l’étranger. Le rouble a perdu en conséquence près d’un tiers de sa valeur depuis le début de l’année. Les Bourses russes subissent également le contrecoup de cette conjoncture et sont orientées à la baisse. L’inflation enfin frôle 8 %.
Un peu naïvement Wladimir Poutine a cru pouvoir se tourner dans l’instant vers la Chine pour compenser le manque à gagner résultant des sanctions imposées par les pays occidentaux alliés. Mais qui ne voit que ce fameux contrat de 500 milliards de yuans signé à la hâte pour « punir » l’Occident est très largement de la poudre aux yeux à l’usage de l’opinion publique tant à l’intérieur qu’ à l’extérieur de la Russie. Car ce contrat n’existe encore que sur le papier et ses effets bénéfiques ne se feront sentir au mieux que dans une échéance lointaine.
Au demeurant les Chinois, on le sait, ne sont pas des tendres en affaires. La Russie risque fort de sortir perdante de ce contrat. Wladimir Poutine ancien officier du KGB, n’a pas tout à fait compris que l’on ne gère pas une économie et les échanges à l’étranger sur un coup de tête politique comme c’était le cas au bon temps de l’Union soviétique et de l’économie de commandement
De ce fait, l’augmentation de 30 % du budget militaire russe escomptée devient une vraie gageure. Or, le matériel militaire, qui date du temps de l’URSS est certes très abondant. Mais il est mal entretenu et largement démodé.
Sans compter que l’armée russe, trop nombreuse et mal entraînée, n’a guère de capacités opérationnelles. L’accident stupide dans un aéroport de Moscou qui a coûté la vie à Christophe de Margerie est là pour nous rappeler que ce terrible problème de la vodka perturbe tous les secteurs de l’économie, transports aériens y compris mais aussi le secteur de la défense
Des perspectives à terme peu prometteuses
Le malheur veut que les perspectives à terme de la Russie ne sont guère plus brillantes. Disons-le clairement la Russie d’aujourd’hui est un colosse aux pieds d’argile ». Avec le « fracking » et la découverte de nouveaux gisements, sans compter les économies considérables à venir sur la consommation d’hydrocarbures, notamment dans le domaine des transports, le prix de hydrocarbures, pétrole et du gaz naturel va inévitablement s’orienter à long terme à la baisse.
Les conséquences à terme pour les producteurs de pétrole, Russie comprise, qui ont si longtemps exercé une domination sans partage sur les pays consommateurs seront peu à peu réduits à la portion congrue. Ils devront réviser sévèrement à la baisse leurs dépenses budgétaires et leurs programmes de d’investissement excessivement ambitieux.
Au surplus, la démographie de la Russie présente depuis longtemps des signes de faiblesse structurelle inquiétante avec une fécondité qui tarde à remonter à un niveau satisfaisant malgré les efforts tardifs du gouvernement russe pour la redresser . La population russe, qui tourne aujourd’hui autour de 140 millions de personnes, risque fort, sur la base des tendances actuelles, de perdre du terrain. Certains prévisionnistes n’hésitent pas à la voir s’orienter progressivement vers 110 millions.
Bien plus, l’état sanitaire de la population est loin d’être satisfaisant avec une espérance de vie anormalement faible pour un pays, en principe, développé .L’abus d’alcool y contribue largement avec un taux de mortalité étonnamment élevé (accidents, violences, maladies).
La situation inquiétante de la démographie russe posera certainement à terme un grave problème politique. Car comment tenir durablement et sans de dangereuses frictions un territoire national aussi gigantesque, le plus étendu au monde, alors même que les Chinois toujours à l’étroit sur leur territoire commencent à s’implanter discrètement dans une partie de la Sibérie ?
Comment Wladimir Poutine peut-il contourner le problème de l’insuffisance de ressources ?
En l’absence de mécanismes de renouvellement démocratique, comme dans les pays occidentaux un dirigeant autocratique comme le président Poutine qui veut se maintenir durablement aux commandes du pays, ne peut jouer que sur deux tableaux.
Le premier consiste à faire du développement et de la croissance une priorité nationale de façon de procurer des satisfactions sensibles aux populations locales avec une amélioration rapide de leur niveau de vie.
Cette démarche aurait donc pour objectif, à l’exclusion de tout autre, d’améliorer le niveau de vie des Russes avec le développement des transports urbains, des logements, de la santé, des retraites des personnes âgées, bref, tout ce dont beaucoup de Russes manquent encore sensiblement. Une telle politique ne manquerait pas, à terme, de faire de la Russie une nation capable de rivaliser avec n’importe quel pays occidental développé.
Mais, pour cela, il faudrait des ressources considérables, et disponibles sur la longue durée. Or ces ressources, la Russie ne les a plus et il ne semble guère probable qu’elle puisse en disposer suffisamment à l’avenir.
L’autre politique, celle que le président Poutine a apparemment adoptée, faute de mieux, est de flatter le nationalisme russe, toujours prêt à faire surface, en mettant en scène de temps à autre de grandes démonstrations de puissance militaire grâce à de vastes manœuvres militaires, le tout épicé par quelque coup de poker heureux comme l’annexion de la Crimée.
Un procédé du même ordre consiste à rappeler à tout propos que la Russie reste une puissance nucléaire redoutable qu’il convient de prendre très au sérieux (à l’exemple de Kim Jong-Un en Asie du Sud-Est).
Dans le même esprit Wladimir Poutine s’est ingénié à entretenir soigneusement l’abcès de fixation de l’Ukraine. Et pour cela il s’est attaché à créer sans cesse des difficultés à ce pays frère, mais ingrat, qui a refusé de revenir dans le giron de la Russie. Poutine a donc entrepris, sans aucun scrupules, de fournir sous-main hommes et armes aux « séparatistes » du Donbass au mépris du droit international .
En d’autres termes, l’abcès de fixation de l’Ukraine est le moyen commode et peu coûteux choisi pour l’instant par Wladimir Poutine pour détourner l’attention de l’opinion publique russe des difficultés internes préoccupantes dont il est difficile d’entrevoir la solution.
Autre avantage, cette politique permet de maintenir l’Occident aisément effarouché sur le qui-vive et dans une incertitude permanente sur les intentions du Kremlin.
Cette démarche est d’autant plus confortable et dépourvue de risque que ni l’Europe ni l’Amérique ne songent moindrement à engager un bras de fer pouvant déboucher sur une confrontation militaire quelconque avec la Russie. Poutine a donc un boulevard grand ouvert devant lui pour se livrer à une intimidation militaro-politique sans aucune retenue. Il est bien naturel qu’il en profite.
La perspective de déclencher une « nouvelle Guerre tiède » ne le gêne nullement, bien au contraire. Car cela permet de faire vibrer une fois de plus la fibre nationaliste russe et de rassembler autour du maître du Kremlin une population mal informée et aisément abusée par une propagande habile.
Ceci étant cette politique de confrontation présente quand même un inconvénient majeur en raison des sanctions adoptées par les pays alliés , lesquelles ne manquent pas de miner le redressement de la Russie.
La Russie vers une impasse ?
Où cette politique peut-elle mener la Russie ? Après l’effondrement de 1991 lors de la période Gorbatchov/Elstine, on avait un moment pu espérer que la Russie se rapprocherait progressivement de l’Occident, qu’elle adopterait un système politique plus ou moins proche de nos institutions démocratiques et un comportement orienté vers la coopération et non une confrontation permanente.
Dès lors il était permis d’ entrevoir l’adoption sur le plan interne d’un modèle démocratique caractérisé par l’ alternance au pouvoir de responsables politiques reflétant les fluctuations de l’opinion, un respect accru de la liberté d’expression et de la presse de façon à éliminer l’arbitraire politique et judiciaire.
Sur le plan externe la Russie se serait engagée à renoncera à l’usage de la force ou du recours à l’intimidation au profit de la négociation entre partenaires et du respect du droit international
Il est clair qu’aujourd’hui Poutine a choisi pour l’instant le parti radicalement inverse. La Russie ne se rapproche pas de l’Occident. Bien au contraire, elle s’en éloigne à grands pas chaque jour davantage. Poutine a choisi de faire de la Russie une nation fière certes, mais revêche et maussade prompte à faire usage de la force ou de la menace de la force. L’annexion sans façons de la Crimée et les troubles en Ukraine en sont la démonstration.
La Russie, comme d’ailleurs de tradition dans son histoire, demeure profondément méfiante de ses voisins et de l’Occident en général considéré comme systématiquement hostile. En conséquence, comme au bon temps de l’Union soviétique, cette Russie voulue par Poutine reste largement drapée dans son splendide isolement.
Sur le pan interne le modèle démocratique occidental a été définitivement jeté aux orties. Le jeu politique en Russie est une mascarade qui évoque plus le jeu du « culbuto » que l’alternance démocratique en vigueur à l’Ouest. Wladimir Poutine et Dmitri Medvedev se succèdent en bons compères tous les 5 ans comme Premier ministre ou Président. Mais la réalité du pouvoir appartient bien entendu à Poutine, Medvedev jouant avec soumission le rôle ingrat qui lui a été dévolu, celui d’un homme de paille.
Quant aux libertés publiques et privés, si elles ne sont pas totalement confisquées, elles sont cependant très étroitement contrôlées de façon à ne gêner en aucune façon les hommes au pouvoir.
En dépit de ces handicaps, il est remarquable d’observer que la Russie a réussi fort habillement à tisser des réseaux de soutien solides et actifs, sous forme de « lobbys » pro russes dans nombre de pays européens notamment en France. Il serait bien surprenant que cette politique d’endoctrinement subtil ne porte pas ses fruits tôt ou tard sur le plan politique.
Ceci étant la politique menée par Wladimir Poutine avec constance risque néanmoins de mener la Russie dans une impasse dont il lui sera difficile de se dégager.
Comme le rappelait opportunément en des temps plus anciens Talleyrand , « on peut tout faire avec des baïonnettes , sauf s’assoir dessus ».
Mais, pour l’instant, l’heure est au défi et nullement à la conciliation. Alors que tous les voyants sont au rouge, Wladimir Poutine se raidit sur ses positions. Il est bien conscient de son échec qui est patent. Mais il refuse bien évidemment d’en endosser la moindre responsabilité. Car, dans un système autocratique dépourvu de mécanismes de renouvellement de type démocratique, cette reconnaissance lui coûterait à coup sûr son poste.
Il est donc tellement plus commode pour lui d’en rendre responsable un Occident jugé systématiquement hostile à la Russie. Il est malheureusement fort probable qu’un tel discours, volontiers agressif et irresponsable, trouvera sans aucun doute des oreilles attentives en Russie et mais aussi à l’extérieur de ses frontières. Décidément la détente n’est pas pour demain.

Requem pour Wladimir Poutine

Yves-Marie Laulan le 22 novembre 2014
Requiem pour Wladimir Poutine
Malheureux Wladimir ! Quand il est allé aimablement participer au dernier G20 en Australie, en novembre dernier, savez-vous ce que le Premier Ministre australien , ce grossier personnage, n’a rien trouvé de mieux à lui dire en guise de bienvenue : « Je vous serre la main (sous-entendu, parce que je ne peux pas faire autrement), mais il faudrait cesser de menacer l’Ukraine ». Oser dire cela au représentant de la première puissance mondiale ( enfin après l’Amérique , la Chine, l’Europe , l’Inde, le Japon, le Lichtenstein et bien d’autres) . Mais quel toupet !
Et les reproches de pleuvoir de tous côtés tout au long de la session à telle enseigne que Poutine n’a eu d’autre ressources que de s’enfuir précipitamment de cette maudite réunion, comme un cancre chassé de la classe, sans que personne ne lui serre la main, sauf les policiers casqués de service chargés d’assurer sa sécurité. Et encore ces derniers n’avaient-ils guère le choix, étant précisément en service. On en avait le cœur serré pour lui.
L’Ukraine, toujours l’Ukraine, c’est assommant à la fin. Alors qu’il y a tellement de choses bien plus intéressantes à évoquer comme les ballets du Bolchoï ou les exportations de vodka, les poupées russes ou les ventes de peaux de castor etc. etc.
Mais voilà. C’est comme ça. Les Occidentaux, dont on sait qu’ils veulent la perte de la Russie, depuis toujours, ne pensent qu’à ça. Pas de chance.
***
Depuis 15 ans, depuis qu’il est revenu au pouvoir pour redonner à la Russie sa grandeur, sa puissance et sa gloire d’antan, tout réussissait à Poutine, cet ancien officier du KGB, institution de formation spécialisée dont on connait la qualité de l’enseignement.
Mais, depuis les Jeux de Sotchi, qui devaient affirmer aux yeux du monde ébahi « que la Russie éternelle était de retour », tout rate, sur tous les plans. C’est la scoumoune. Mais qu’a donc fait le malheureux pour mériter une poisse aussi persistante ?
En fait, un phénomène bien connu, parfaitement banal. Wladimir a eu les yeux plus gros que le ventre ou, en termes plus nobles, une crise inopportune d’Hubris, ce vertige qui prend subitement les autocrates quand ils se sentent trop sûrs d’eux-mêmes.
Rappelons-nous. Avec la hausse du prix du pétrole et une croissance à 5% l’an, tout lui paraissait enfin possible, à portée de la main : la perspective de faire à nouveau jeu égal avec l’ Amérique, ce rival détesté ; restaurer l’ancien empire soviétique injustement perdu, Ukraine comprise ; rétablir l’influence russe sur des voisins dûment impressionnés, voire terrorisés, pays Baltes, Bulgarie, Géorgie, Moldavie, Pologne, Arménie, Azerbaïdjan, Kurdistan et j’en passe. On allait voir ce que l’on allait voir.
Et le voilà réduit aujourd’hui comme le fait un grand pays de l’Asie du Sud- Est, la Corée du Nord, à agiter périodiquement le grelot nucléaire, comme un enfant avec son hochet, pour faire peur à ses voisins ou à envoyer des centaines de tanks lourds vétustes s’embourber pesamment dans la tourbe des frontières de la Russie avec les pays voisins.
Un pays qui en est réduit à essayer d’effrayer son voisinage n’a plus beaucoup de cartes à jouer. Et c’est bien le cas. Car la Russie de Poutine ne fait plus peur, Elle n’impressionne vraiment plus. Rattraper les USA est devenu clairement un rêve chimérique. La Russie a été ramenée au rang d’une puissance purement régionale. Elle ne pèse guère sur tous les plans, militaire, économique, géopolitique, pas plus de 10 % et encore des Etats-Unis, ou même de la Chine. Tout le sait , sauf Wladimir Poutine.
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Malheureusement un dirigeant autocratique, comme le président Poutine qui veut rester au pouvoir, en l’absence de processus de renouvellement démocratique, comme dans les pays occidentaux arriérés, ne peut faire que deux choses, sauf à s’envoler dans les airs.
La première est de forcer sur le développement économique et la croissance de façon de procurer aux populations locales une amélioration sensible de leur niveau de vie et d’en obtenir en retour leur reconnaissance pour des dirigeants si malins et avisés.
L’autre, celle que le malheureux Poutine a adopté faute de mieux, est de flatter le nationalisme toujours frétillant des Russes en faisant de grandes démonstrations de puissance militaire en montant de temps à autre de gigantesques manœuvres militaires , Cela consomme un peu de carburant bien sûr, mais la Russie en a en abondance. Et puis cela fait tellement plaisir à peu de frais au public russe toujours friand de défilés avec fusées super longues aux flancs rebondis et bottes bien cirées claquant joyeusement sur le pavé moscovite. Cela fait chaud au cœur, surtout en hiver par temps glacial.
Autre variante , rappeler à tout propos que la Russie est une grande puissance nucléaire et qu’elle pourrait , si le cœur lui en disait, sur un coup de tête, comme d’un revers de patte , écraser une bonne partie de la planète sous une pluie de bombes . En oubliant au passage de préciser que, dans cette hypothèse, la Russie elle-même serait réduite à un champ de ruines fumantes. Mais ce sont là des mots qui fâchent.
L’autre branche de l’alternative aurait été d’améliorer le niveau de vie des Russes avec le développement des transports urbains, des logements, de la santé, des personnes âgées, bref, tout ce dont les Russes manquent cruellement et qui pourrait contribuer à faire d’un pays semi développé comme la Russie une nation capable de rivaliser avec n’importe quel pays occidental. Mais pour cela, il faut des ressources, beaucoup de ressources, et sur la longue durée.
Or, patatras, ces ressources la Russie ne les a pas , ou plus précisément , ne les a plus. Depuis une dizaine d’années, les cours du pétrole n’avaient cessé de d’être orientés à la hausse. Or on sait que la Russie tire près de la moitié de ses exportations du pétrole et du gaz naturel, ce qui finance également la moitié de son budget. Le malheur veut que cette structure des ventes à l’étranger est très caractéristique de celle d’un pays semi développé de type africain. C’est une prospérité très factice, très fragile, très dépendante de la conjoncture à l’étranger. Que les cours fléchissent et voilà le budget et la balance commerciale par terre. Et c’est bien ce qui s’est passé depuis un ou deux ans
Les fameux Jeux de Sotchi ont coûté , rappelons-le, horriblement cher : plus de 50 milliards de dollars. Tout le monde les a oublié aujourd’hui. Au surplus, ils n’ont servi rigoureusement à rien. Ce sont des investissements de prestige totalement gaspillés. Ils n’ont rien rapporté ; aucun dividende. Car on imagine mal les Suisses, les Français ou les Allemands, déserter les stations modernes et ultra confortables des Alpes toutes proches, pour aller patauger dans la neige au loin dans des installations rustiques au confort rudimentaire .
Alors il faut compter sur les touristes russes. Mais ils sont peu nombreux. Et de toute façon, ils n’aiment pas skier. Les sports d’hiver, pour eux, se ramènent à boire de la vodka assis dans la toundra, à côté de leur 4/4, en dévorant du saumon cru et des tranches de concombre frais (voir sur ce point l’excellent livre de Sylvain Tesson « Dans les forêts sibériennes »).
Donc Poutine a consenti un investissement de prestige énormément coûteux et parfaitement inutile au moment précis où les ressources de la Russie viennent à se tarir. Ce n’est quand même pas de chance.
Car les sanctions occidentales mises en place pour punir la Russie de ses fâcheux agissements en Ukraine commencent à faire leur effet peu à peu.
Il y a bien les Chinois et le fameux contrat de 500 milliards de yuans signé à la hâte pour « punir » l’Occident. Mais ce n’est pas pour demain . Et de toute façon, ce contrat de rêve est très largement de l’esbroufe à l’usage des journalistes occidentaux toujours prompts à avaler n’importe quelle coquecigrue toute crue. Les Chinois, on le sait, ne sont pas des tendres en affaires. La Russie risque fort de sortir perdante de ce « fabuleux » contrat.
En attendant, les investissements étrangers bien nécessaires se font rares, les capitaux étrangers et russes fuient à tire d’aile à l’étranger. En conséquence le rouble a perdu plus du quart de sa valeur depuis le début de l’année et l’économie russe menace de sombrer dans la récession.
Du coup, l’augmentation de 30 % du budget militaire russe escomptée devient une vraie gageure. Or, comment faire peur à ses voisins quand on a du matériel militaire qui date du temps de Louis XIV ou presque. Certes, il y en a beaucoup, trop peut-être. On ne sait plus où le mettre. Mais il est mal entretenu et totalement démodé. Sans compter que la moitié des soldats russes sont perpétuellement entre deux vins, enfin entre deux vodkas. L’accident stupide dans un aéroport de Moscou qui a coûté la vie à Christophe de Margerie est là pour nous rappeler que ce terrible problème de la vodka affecte à des degrés divers tous les secteurs de la société et de l’économie, transports aériens y compris
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Le malheur veut que les perspectives à terme de la Russie ne sont guère plus brillantes. Disons-le clairement la Russie d’aujourd’hui est un « colosse aux pieds d’argile ». Car le prix du gaz et du pétrole, avec le « fracking » et la découverte de nouveaux gisements, sans compter les énormes économies à venir sur la consommation d’hydrocarbures, notamment dans le domaine des transports , va inévitablement s’orienter à la baisse. Et tant pis pour les producteurs de pétrole Russie comprise, qui nous ont tenu la dragée haute pendant si longtemps. Ils seront réduits inexorablement à la portion congrue et devront réviser sévèrement à la baisse leurs dépenses budgétaires et leur train de vie.
Au surplus, la démographie de la Russie présente depuis longtemps des signes de faiblesse structurelle inquiétante avec une fécondité qui ne se redresse guère. La population russe, qui tourne autour de 140 millions de personnes, risque fort, sur la base des tendances actuelles, en dépit d’un léger redressement récent, de glisser progressivement vers 110 millions. Bien plus, l’état sanitaire de la population est loin d’être satisfaisant avec une espérance de vie anormalement faible pour un pays, en principe, développé. L’abus d’alcool y contribue largement avec un taux de mortalité étonnamment élevé (accidents, violences, maladies). Mais comment tenir un territoire national aussi vaste alors même que les Chinois colonisent sournoisement une partie de la Sibérie ?
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Alors, que faire si ce n’est continuer ? Poutine évoque un alpiniste coincé en paroi qui ne peut ni avancer ni reculer. Il lui faut rappeler périodiquement son existence à l’Europe et aux Etats-Unis et pour cela faire comme Kim Jong-Un en Asie du Sud- Est. Ce dernier s’ingénie à jouer perpétuellement l’empêcheur de tourner en rond, au gamin insupportable prêt à menacer de dégainer à tous instants son arsenal nucléaire à la moindre contrariété. Faire de la Russie une sorte de Corée du Nord au sein de l’Europe. Quelle consécration.
La solution inventée par Poutine est donc d’entretenir sans fin l’abcès de fixation de l’Ukraine. Et pour cela faire des misères sans fin à ce pays ingrat qui a refusé de retrouver le grand frère russe qui lui tendait les bras. Poutine a donc entrepris de fournir sournoisement hommes et armes aux « séparatistes » du Donbass, en bref, de se rendre aussi empoisonnant que possible le plus longtemps possible .
Cette démarche est d’autant plus confortable et sans risque que l’Europe et l’Amérique ne songent pas une seconde à engager un bras de fer pouvant déboucher sur une confrontation militaire avec la Russie. Aujourd‘hui l’esprit de Munich plane largement sur une Europe quasi désarmée cependant qu’aux Etats-Unis le président Obama, désavoué à mi-mandat par ses électeurs, ne dispose d’aucune légitimité politique pour engager une action d’une quelconque envergure pour contenir la Russie.
Les choses pourraient changer avec l’élection d’un nouveau président américain, dans deux ans, vraisemblablement républicain. En attendant, Poutine a un boulevard libre grand ouvert devant lui. Il peut se livrer à une gesticulation militaire débridée sans aucune retenue. Il peut également créer un état de fait difficilement réversible sans risque aucun comme il vient de le faire avec l’annexion de la Crimée .
On observera au passage que la Russie a su, très habilement, éventuellement grâce à de subtils montages financiers, tisser des réseaux de sympathisants, voire de thuriféraires plus ou moins actifs au sein de l’Administration française, de l’économie (Christophe de Margerie), de l’enseignement supérieur (Jacques Sapir),du spectacle (Gérard Depardieu) et même des partis politiques (le Front national). Les Russes n’ont pas perdu la main depuis l’Agitprop de naguères.
La perspective de déclencher une « nouvelle Guerre tiède » ne gêne nullement Poutine, bien au contraire. Car cela permettrait de rassembler une nouvelle fois autour du maître du Kremlin, sauveur de la patrie menacée, une population apeurée abrutie par une propagande avisée. Ce que la Russie a d’ailleurs toujours fait.
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Après l’effondrement de 1991 lors de la période Gorbatchov/Elstine, on avait un moment espéré que la Russie se rapprocherait de l’Occident, qu’elle adopterait un système politique plus ou moins proche de nos institutions démocratiques et un comportement orienté vers la coopération et non une confrontation permanente. Dès lors on pouvait espérer la perspective d’une alternance au pouvoir reflétant les fluctuations de l’opinion, un certain respect du droit sur le plan international et sur le plan interne de façon à éliminer l’arbitraire politique et judiciaire, la liberté de la presse et du droit d’expression.
Il est clair qu’aujourd’hui Poutine a choisi le parti radicalement inverse. La Russie ne se rapproche pas de l’Occident. Bien au contraire elle s’en éloigne chaque jour davantage. Poutine a choisi de faire de la Russie une nation fière certes , mais perpétuellement revêche et maussade , drapée son splendide isolement
Sur le pan interne le modèle démocratique occidental a été définitivement jeté aux orties. Le jeu politique en Russie est une mascarade qui évoque plus le jeu du culbuto que l’alternance démocratique en vigueur à l’Ouest. Wladimir Poutine et Dmitri Medvedev se succèdent en bons compères tous les 5 ans comme Premier ministre ou Président. Mais la réalité du pouvoir appartient bien entendu à Poutine, Medvedev jouant avec soumission le rôle ingrat qui lui a été dévolu, celui d’un homme de paille.
Quant aux libertés publiques et privés, si elles ne sont pas totalement confisquées, elles sont cependant étroitement contrôlées de façon à ne gêner en aucune façon les hommes au pouvoir.
Où va Poutine ? Il ne sait pas. Il n’en a aucune idée, l’important étant de rester à la tête du pouvoir. Le problème est que la politique menée par Wladimir Poutine condamne à perpétuité la Russie à un sous- développement relatif. Mais peu lui importe. Et tant pis si la Russie va tout droit dans l’ impasse.

Yves-Marie Laulan Le 20 novembre 2014 Ces Français renégats qui partent faire le Djihad Disons- le clairement d’entrée de jeu. Ce sont des Français renégats qui ont renoncé à leur patrie et à leurs origines religieuses. 1°Mais il faut au préalable rappeler une évidence que l’on aurait tendance à perdre de vue . Ce triste phénomène, qui fait la Une des médias,- est-, en fait, parfaitement banal et marginal. Marginal, car il ne concerne qu’une poignée de jeunes crétins désœuvrés et désorientés, dépourvus de cœur et de cervelle. On en aurait identifié formellement deux ou trois et on parle allègrement de plusieurs centaines. Mais qu’en sait-on exactement ? De toute façon, sur une population de 63 millions de personnes, c’est quand même fort peu. L’effet grossissant de la télévision et des médias qui adorent gonfler les chiffres à plaisir pour frapper les esprits est évidemment ici à l’œuvre Banal, car on sait que la nature humaine est, dans certaines circonstances, capable des pires atrocités. Cela s’est vu en tout temps et en tous lieux. Notre époque n’y fait nullement exception. En troisième lieu, ces manifestations sordides qui exercent sur nous une sorte de fascination perverse, sont largement le fruit de l’action d’internet et des médias. Il est tellement plaisant de frissonner d’horreur devant son écran de télévision. Sans cela, ces épisodes sinistres cesseraient d’attirer l’attention et seraient promptement ramenés à leur place, celle d’un petit tas d’ordures sans intérêt. Il y a clairement une mise en scène médiatique. C’est exactement ce que cherchent ces malheureux. 2° Ceci étant, cela n’empêche nullement les pouvoirs publics, leurs représentants, et les médias, de s’interroger gravement sur les motivations de jeunes Français, lesquels s’en vont faire le Jihad en Syrie, et ailleurs, comme on va passer ses vacances au Maroc ou faire le tour de l’Annapurna au Népal . Remarquons au passage que la démarche de ces jeunes n’a vraiment rien d’ une croisade héroïque. Voir des jeunes gens, le regard fixe, vitreux, sans doute sous l’effet du haschich ou de toute autre drogue , le chef enturbanné d’un turban crasseux et dotés d’une barbe malpropre, égorger paisiblement des prisonniers étrangers désarmés devant les caméras, relève plutôt de la boucherie chevaline que de l’affrontement au combat A vrai dire, ce spectacle hideux n’engendre nullement la crainte ou l’effroi, comme le souhaiteraient ces apprentis terroristes , mais plutôt le mépris et la honte pour des hommes qui font preuve d’une inconcevable lâcheté. Ils vont en Syrie non pas combattre en soldats mais pour égorger des innocents. Ce ne sont pas des héros mais des renégats et des assassins. Ils devraient être considérés et traités comme tels. 3° Cela dit, les médias s’entêtent à rechercher frénétiquement le pourquoi des choses. Comme si des comportements aussi manifestement absurdes relevaient d’une quelconque rationalité. S’agissant de jeunes parfaitement ordinaires, voire quelconques dans leur vie antérieure, on veut à tout prix comprendre pourquoi ces derniers ont été amenés à abandonner une vie paisible et sans histoire pour se lancer dans la violence absurde dans des pays exotiques ravagés par guerre. En fait, il y a plusieurs explications plausibles sur ces agissements aberrants . La violence et la cruauté sont des phénomènes naturels parfaitement ordinaires et tout à fait banals pour l’espèce humaine. L’homme a reçu ce cadeau à la naissance dans ses gènes, plus ou moins dissimulé sous une couche culturelle plus ou moins étanche. Rien de bien nouveau ici- bas. En effet, combien de fois avons-nous vu, dans les enquêtes criminelles, un homme d’apparence parfaitement normale, sans le moindre écart de conduite ni d’inscription au casier judiciaire, se livrer sans gêne apparente à des actes horribles, souvent à l’encontre de sa propre famille. Il est d’ailleurs curieux de voir les journalistes avides de sensationnel se précipiter chez les voisins, médusés, du criminel pour n’en obtenir, en fin de compte, que des réponses insignifiantes. La plupart du temps, le criminel en question se révèlera, à travers ces témoignages, parfaitement doux et gentil, poli et bien élevé, bon père, bon fils, bon époux, même s’il a soigneusement découpé sa femme dans sa salle de bains quelques jours plus tôt. Les archives de la police criminelle regorgent d’histoires de ce genre. On en a même fait maints romans et films. Le procès d’Eichmann avait bien révélé l’existence de la « banalisation » du Mal ordinaire. La leçon à en tirer est malheureusement très simple. Placé dans certaines circonstances, pas forcément extraordinaires, la nature humaine se révèle être capable de tout. Une bête sauvage sommeille souvent au fond de nous -mêmes, prête à se réveiller pour peu que le contexte s’y prête. Comment expliquer autrement la sauvagerie des exécutions capitales pendant la Révolution française , à la fin du Siècle des Lumières pourtant, ou pendant la révolution bolchevique dans le début du 20° siècle en Russie, et tout au long du régime stalinien, sans évoquer les abominations nazies perpétrées non par des sadiques mais par de paisibles citoyens allemands ayant revêtu l’uniforme peu de temps auparavant. Il en va de même pour ces tueries de masse exécutées périodiquement dans des universités américaines par quelques fous furieux animés d’une haine incompréhensible envers leurs camarades étudiants La nature humaine est ainsi faite. 4° Mais au-delà de ces épisodes, l’escapade au Moyen Orient de Mickael Dos Santos et de Maxime Hauchard nous interpelle, qu’on le veuille ou non, sur nous-mêmes et la société que nous avons fabriqué à leur usage. Car dans le comportement étrange de ces charmants Français convertis à l’Islam, « à ses pompes et à ses œuvres », peut-être pourrait-on déceler une cause plus profonde de leurs agissements. Certains d’entre eux ne sont pas seulement guidés par le goût de l’aventure en terre musulmane, affublés d’un costume étrange. Il faudrait peut-être y trouver aussi une sorte de révolte aveugle et inconsciente contre une société, la nôtre. Ils y voient, non sans quelque raison, une société largement déchristianisée, déshumanisée, aseptisée, une société avide de pensée unique et de mariage gay, une société qui marche clairement sur la tête et qui a perdu ses repères traditionnels, en quelque sorte une société construite sur un paradigme socialiste virtuel. Mais pourquoi l’Islam ? Sans doute l’Islam apparait-il à ces esprits incultes, qui ne connaissent rien ni d’Allah ni du prophète Mahomet, comme une religion pure et dure débarrassée de ces impuretés qui souillent à leurs yeux notre religion . En conséquence ces jeunes égarés, qui, dans l’immense majorité, n’ont aucune notion religieuse, s’en vont se fabriquer une religion sur mesure en pays exotique, ce qui les autorise à tuer des innocents désarmés, au nom d’Allah bien sûr. Ces épisodes ne sont pas sans rappeler le geste fou d’un jeune norvégien ,voici quelques années. Le 23 juillet 2011 Anders Behrig Breivik n’avait rien trouvé de mieux pour calmer sa fureur de voir son pays natal envahi par des flux d’immigrés venus d’ailleurs, que d’assassiner froidement sur une île déserte une petite centaine de ses compatriotes blonds aux yeux bleu. En fait de stupidité démente, il était difficile de faire mieux. 4° Mais, comme toujours dans les cas de ce genre, si l’on gratte un peu derrière l’écorce de l’évènement se dissimulent peut-être des causes plus profondes. Car ces épisodes nous renvoient une bien fâcheuse image sur nous-mêmes. Et cette image n’est guère reluisante. En effet, ces jeunes égarés, sans culture ni mémoire, nous lancent au visage un message de rejet et de dégout devant une société perçue et interprétée, il est vrai, à travers le prisme déformant d’internet. Là où nous voyons une société ordinaire, civilisée, policée , quiète et tranquille, ils perçoivent une société aseptisée, chloroformée, sans foi ni loi, une société qui a rejeté les valeurs fortes de naguère, patriotisme , foi enracinée, goût de l’effort ou du sacrifice , au profit de valeurs molles, recherche du moindre effort et de la sécurité à tout prix, du confort et de la jouissance (sexe ou bouffe), une société qui a cru bon de remiser le patriotisme au magasin des accessoires et une foi volontiers foulée au pied ou tournée en ridicule. Quant aux vertus républicaines dont se gargarisent si volontiers nos hommes politiques sans en croire un traitre mot, ces jeunes ne sauraient se nourrir de cette nourriture creuse. Ils sont à moment de leur existence où, comme tant d’autres, ils cherchent désespérément à donner un sens à leur vie ou se mobiliser pour une cause quelconque à laquelle se consacrer. Alors, faute de mieux, ils s’en créent une comme ils le peuvent, de bric et de broc, à la hauteur de leur culture de semi débiles et de leur stature de nains féroces. On a les idéaux que l’on peut. A défaut d’en recevoir de la famille, de l’école, du cinéma ou de la télévision, on s’en fabrique une sur mesure. Et l’on part pour le Djihad en Syrie décapiter des femmes kurdes. On se distrait comme on peut. Quoiqu’il en soit, un gouvernement digne de ce nom entreprendrait sur le champ de déchoir ces renégats de la nationalité française. Mais la France n’a pas de gouvernement digne de ce nom. Et d’autres Français renégats continueront à partir faire le Djihad en Syrie

L’Afrique, toujours sous perfusion, s’agite plus que jamais

L’Afrique n’en finit pas de nous occasionner des soucis sur le plan de la sécurité. Rien à voir avec l’Ukraine ou la Crimée, fort heureusement. Mais après le Mali, c’est maintenant la Centrafrique qui entre en fusion.

Depuis deux ans, ce continent déshérité a exigé de la France deux interventions militaires, de faible envergure il est vrai, pour ramener un semblant d’ordre dans l’un et l’autre de ces deux pays agités de soubresauts convulsifs sporadiques, l’opération Serval au Mali, puis, dans la foulée, l’opération Sangaris en Centrafrique. On se demande d’ailleurs où les militaires en charge de ces affaires sont allés pêcher des noms aussi bizarres. Tant mieux, cela montre qu’à défaut d’être suroccupés, nos militaires ont de l’imagination.

Ces interventions appellent deux observations. La première est qu’il s’agit d’opérations « en trompe l’œil » en ce sens que, relativement peu coûteuses, elles sont immanquablement couronnées de succès (du moins en apparence), compte tenu de la faiblesse relative de l’adversaire. Elles contribuent ainsi à donner au public, fort ignorant et du reste indifférent à la « chose militaire », une fausse idée de l’état réel de nos forces armées dont la faiblesse intrinsèque, faute de ressources adéquates, est ainsi camouflée aux yeux de l’opinion.

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L’Ukraine et la Crimée : la problématique

L’affaire de l’Ukraine n’a pas fini de faire couler de l’encre. Or il y a plusieurs aspects pourtant importants du problème ukrainien qui n’ont guère attiré l’attention des observateurs. C’est, d’une part, la situation économique de l’Ukraine, pays potentiellement fort riche, mais en situation de faillite virtuelle. Par ailleurs, la Crimée pose un problème épineux de droit international : dans quelle mesure une population faisant partie d’un ensemble national peut-elle faire sécession et proclamer unilatéralement son indépendance du pouvoir central ? Ce que la Crimée vient de faire. En dernier lieu, pour compléter ce tour d’horizon, quels sont les moyens dont disposent éventuellement l’UE et les Etats-Unis pour faire pression sur Poutine et le faire changer d’avis ?

1°Pourquoi l’Ukraine est-elle en état de faillite virtuelle ? Car c’est bien là le nœud du problème. Car si ce pays avait des finances en équilibre avec une économie prospère, il n’aurait pas eu besoin d’appeler à l’aide l’Union européenne, si bien que Poutine n’aurait pas eu l’occasion de venir se mêler des affaires ukrainiennes.

Rappelons que l’Ukraine a un énorme problème d’endettement. Le déficit des paiements extérieurs atteint 8 % du PNB, et au cours des deux prochaines années, en 2014 et 2015, ce sont 35 milliards de dollars qui viennent à échéance. Par ailleurs, les réserves de change sont au plus bas, les banques sont à court de liquidités et l’endettement atteint 180 % du PIB, des taux « grecs ». Notons, au surplus, qu’entre 1996 et 2013, la population de l’Ukraine a perdu 7 millions de personnes en raison d’un des plus faible taux de fécondité d’Europe (1,1 enfant par femme) et, sans doute, d’une forte émigration.

Sur le plan de l‘économie, le tableau n’est guère plus plaisant. Depuis 1991, l’économie de l’Ukraine s’est contractée de 30 % alors même que celle de la Russie augmentait de 20 %. On comprend ainsi pourquoi certaines régions frontalières de l’Ukraine sont tentées de regarder à l’Est plutôt qu’à Kiev.

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L’Ukraine et le coup de bluff de Vladimir Poutine

Poutine joue avec le sort de l’Ukraine comme un gros matou s’amuse avec une minuscule souris. Il joue aussi avec les nerfs du monde occidental qui voudrait tant que ce cauchemar s’en aille de lui-même pour qu’il puisse enfin retourner tranquillement à ses petites occupations quotidiennes. Hélas, le problème ukrainien a la tête dure.

Cette affaire a eu au moins de mérite de révéler au monde le vrai visage de Vladimir Poutine que l’on avait presque oublié après les fastes somptueux des Jeux de Sochi. Panem et circences disaient les anciens Romains. Nous avons eu les jeux du Cirque blanc et maintenant il nous faut avaler le pain noir de la géopolitique. Tout a son prix.

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La Russie après les Jeux de Sotchi

Les Jeux Olympiques ont une fâcheuse réputation, bien méritée. Ils ont, en effet, tendance à attirer la malédiction sur la tête des régimes qui ont eu la mauvaise idée de les organiser, comme le fer attire la foudre. Comme pour châtier « l’hubris » de leurs dirigeants.

Rappelons-nous les Jeux Olympiques d’Athènes ! Ils ont précédé de peu la débâcle de l’économie grecque, encore aujourd’hui endettée jusqu’au cou. La raison en est simple. Les Jeux sont toujours extraordinairement coûteux et les gouvernements organisateurs, en dépit de leurs allégations, sont contraints, bon gré mal gré, de couvrir les déficits colossaux qui en résultent, la plupart du temps par un endettement accru.

Vladimir Poutine semble, lui aussi, devoir être victime de cette malédiction tenace. Car le coût exorbitant de ces Jeux estimés à 50 milliards de dollars (dont un tiers, dit-on, résultant de la corruption qui sévit à l’état endémique) intervient au moment précis où la croissance de la Russie se ralentit. Elle tournait jusqu’alors à des taux plutôt sympathiques autour de 5 % l’an (à part le recul de -7% de 2010) mais tombe à un taux ramené à 3,8 % en 2012 puis réduit à 1,3 % pour 2013.

Ces Jeux à objectif de prestige ont pour objet premier d’affirmer le retour fracassant de la Russie dans le concert des grandes nations, à l’égal, enfin presque, des Etats-Unis. Vladimir Poutine a voulu démontrer aux yeux du monde que le traumatisme de l’effondrement de l’Empire soviétique était bel et bien effacé. La Russie, la Grande Russie, celle de toujours, grande puissance à la fois respectable et redoutable, était de retour. Car elle avait désormais remis ses affaires en ordre et réglé ses problèmes internes. Elle devait désormais être prise au sérieux après les fantaisies cocasses de la période Eltsine. Ce pari risqué sera-t-il gagné ? Cela n’est pas évident.

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Le chômage en France : Un phénomène culturel ?

La France est-elle mariée avec le chômage ? D’aussi loin que je me rappelle, depuis que j’ai commencé à m’intéresser à l’économie et à la situation de l’économie française, j’ai été impressionné par la persistance du chômage en France. En fait, je n’ai jamais connu la France délivrée du problème du chômage. De nos jours, le défi dans notre pays n’est plus, s’il l’a jamais été, d’éradiquer la plaie du chômage, mais de faire en sorte de le stabiliser, ou pour le moins de prévenir son aggravation.

Si bien que l’on est en droit de parler d’une « préférence nationale » pour le chômage au sens keynésien du terme. Le chômage est clairement un phénomène culturel typiquement français.

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Pauvre France

Pauvre France, comme aurait dit Jean Lefebvre en son temps.

Voilà un ministre d’origine espagnole (il a été naturalisé en 1982, voici 30 ans, quelle ascension politique vertigineuse !) qui poursuit avec acharnement de son ire un Français d’origine camerounaise, pour défendre l’honneur des Français d’origine juive. Et les bons Français de souche, comme on dit, dans tout cela ? Ils contemplent ébahis ce spectacle étrange en se demandant dans quel pays nous vivons et dans quelle époque. Voilà où mène une politique d’immigration incontrôlée qui débouche inévitablement sur un communautarisme où chaque communauté hérissée et constamment sur la défensive cherche à défend bec et ongles son fief plutôt que de se fondre dans l’ensemble français.

Certes, l’anti-sémitisme est une bien vilaine chose et l’incitation à la haine raciale mérite d’être condamnée. Tout le petit peuple politique qui frétille de concert, à droite comme à gauche, en est bien d’accord et applaudit Monsieur Valls des deux mains. D’ailleurs les lois Gayssot et Pléven y pourvoient amplement, Dieu merci.

Mais fallait-il pour autant poursuivre l’ennemi avec une telle hargne jusque dans les coulisses d’un spectacle soit disant humoristique. L’emploi d’un marteau pilon pour écraser une mouche est-il recommandé ? La lutte contre l’antisémitisme n’est-elle pas en train de virer à l’hystérie ?

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L’immigration humanitaire, Némésis d’une Europe compatissante

Le fameux Camp des Saints, roman d’anticipation qui a eu le succès que l’on sait, est plus que jamais d’actualité. A ceci près qu’il ne s’agit plus de malheureux Bangladais, toujours confinés dans leur Bengale lointain à moitié envahi par les eaux, mais de Maghrébins, d’ Africains malins, et maintenant de Syriens, en fait, d’un peu partout dans le monde. Tous les prétextes sont bons pour émigrer en Europe : persécution, insécurité, discrimination insoutenable, niveau de vie jugé inacceptable. Ils sont tous candidats à une installation confortable dans une opulente Europe au grand cœur et à la mauvaise conscience. Mauvaise conscience de quoi ? Mais d’exister tout bonnement à côté d’une insondable misère à laquelle elle ne peut rien, qu’elle n’a nullement contribué à créer mais qui la tourmente malgré tout.

Les chemins de l’immigration humanitaire

Le conflit en Syrie, à lui seul, a généré, en deux ans, un exode de plus de deux millions de personnes, dont la moitié d’enfants, qui sont allées pour la plupart, dans un premier temps, en Turquie, Jordanie et Liban, avant de se tourner naturellement vers l’Europe. Le Liban a ainsi accueilli 700 000 Syriens et la Jordanie à peu près autant. Encore aujourd’hui, ces deux pays reçoivent environ 500 immigrés par jour.

Pour l’émigration en provenance de la Syrie, en plein essor, le cheminement passe par l’Egypte puis par Lampedusa. En effet, cette petite île, à peine italienne, véritable oasis de l’immigration clandestine, n’est guère qu’à une centaine de kilomètres de la Libye ou de la Tunisie.

En une seule nuit, les bâtiments italiens ont recueilli plus de 700 personnes, avec femmes et enfants, au large des côtes italiennes. En conséquence, les Lampedusiens, dont les journalistes vantaient la générosité à qui voulaient les entendre, commencent à se sentir fatigués de ces flots humains sans cesse renouvelés et s’efforcent à regarder ailleurs. Mais ils sont avantageusement relayés par les touristes, italiens ou étrangers qui viennent assister au débarquement des immigrés à Lampedusa comme on va à un spectacle gratuit. Il faut bien meubler ses loisirs en vacance. Et cela profite aussi au commerce local.

L’immigration humanitaire connait des point de départ multiples dont les principaux centres sont localisés en Europe centrale, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, en Afrique noire et maintenant, en Syrie. Ces immigrés viennent, parfois seuls ou par familles entières d’un peu partout dans le monde, d’Albanie, du Kosovo (avec la Grèce comme point d’entrée), mais aussi du Bangladesh, de l’Érythrée ou de la Somalie.

Les points d’entrée sur le périmètre européen privilégiés par les immigrés clandestins sont la Grèce, et la Bulgarie (pour l’immigration venue de l’Europe de l’Est), l’Espagne aussi, mais surtout aujourd’hui, l’Italie.

Selon l’ONU, depuis le début de 2012, ce ne sont pas moins de 32 000 immigrés qui ont débarqué en Italie ou à Malte. De quoi peupler chaque année une petite ville de taille moyenne. D’après FRONTEX, l’agence européenne chargée de la sécurité aux frontières, pendant la seule année 2011, pas moins de 60 000 immigrés ont traversé la Méditerranée.

Il en ressort que plus l’Europe étend son périmètre, plus elle devient poreuse à l’immigration clandestine, faute de moyens, mais aussi et surtout de motivation

Le désordre européen

En effet, les directives européennes prévoient bien que, dès leur entrée dans l’espace européen, les immigrés doivent laisser les autorités prendre leurs empreintes digitales sur le lieu même de leur point d’entrée, à des fins d’identification bien sûr. Mais aussi, et c’est là que le bât blesse, la loi européenne prévoit également que les demandes d’asile doivent être traitées par les autorités du lieu..

Les Syriens, par exemple, prévenus et malins, se refusent énergiquement avec un bel ensemble à cette prise d’empreintes. Car ils savent fort bien, compte tenu du désordre administratif italien bien connu, ce qui se passerait : rien. D’autant plus que, cerise sur le gâteau, les douaniers ou le policiers italiens, bons princes, se gardent bien d’insister pour exécuter cette mesure et se contentent benoîtement de leur conseiller d’éviter de se faire « pincer » dans les trains ou les autoroutes. Et qu’ils aillent se faire pendre ailleurs, ailleurs qu’en Italie, bien sûr. Avec cela, le territoire européen est bien protégé.

Mais, en réalité, les immigrants n’envisagent guère de rester en Italie, qui n’a pas le RSA ou le fameux Revenu d’attente, que la République française, généreuse avec l’argent des contribuables, a mis en place, sans doute pour encourager de nouveaux courants migratoires. De toute façon, pour gagner la France toute proche, il suffit de prendre le premier train venu.

Ceci étant, pour l’heure, entre 2012 et 2013 la France n’a accueilli que 3 700 immigrés syriens par le truchement de l’Opfra. Mais nul doute que ces flux ne soient appelés à grossir rapidement

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